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NKM agressée à Paris: "Les gens se lâchent et la violence devient physique"

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Jeudi, Nathalie Kosciusko-Morizet, candidate LR aux législatives, a été victime d’une agression alors qu’elle tractait sur un marché. Pour Agnès Evren, également des Républicains et candidate en Île-de-France, le climat sur le terrain s’est terriblement dégradé sur le terrain ces derniers mois pour les politiques.

Agnès Evren est candidate (LR-UDI) dans la 4e circonscription de l’Essonne et vice-présidente du Conseil régional d’Île-de-France.

"Je suis impressionnée par la colère des gens. Je suis élue depuis plusieurs années, et on sent très fortement sur le terrain une dégradation de l’image de l’élu. Avant, il y avait une forme de notion de respect. Parce qu’on était au service du bien commun. Et là je vois la différence, ça n’a plus rien à voir. Les gens se lâchent. Ils vous insultent.

C’est lié aussi à une défiance généralisée et au climat des affaires. Au fait que toutes les promesses n’ont pas été tenues. A la situation économique de la France. Mais avant, il y avait un minimum de retenue. Les gens avaient du self-control, maintenant, c’est terminé. Récemment, on était avec des militants en train de tracter, et on nous a crié ‘vous êtes tous des idiots! Vous ne servez à rien!’. Il y a une vraie colère, les gens ne réfléchissent plus et ne veulent même plus discuter.

"Ils sont violents parce qu’ils sont frustrés"

Il y a une forme de violence chez les gens. Ils sont violents parce qu’ils sont frustrés. Parce qu’il y a chez le politique une forme d’impuissance. Il faut essayer de restaurer la confiance. Nous, à droite, les affaires Fillon nous ont complètement plombés. On était agressé: ‘espèce de voleuse! Vous n’avez pas honte?’. La défiance est généralisée, les extrêmes et le populisme vont augmenter d’autant plus. Il y a quelque chose qui s’est libéré.

On considère aujourd’hui que l’élu n’a plus cette fonction noble, d’être utile aux autres. Et qu’il se sert lui-même avant de servir les autres. Ça c’est très prégnant. Le taux d’abstention est très révélateur d’ailleurs: il y a une forme de dégoût vis-à-vis des politiques. En tant que femme c’est encore pire, parce qu’ils n’ont pas honte. Pour les femmes c’est d’autant plus facile qu’il y a une forme de condescendance. Un homme, je pense qu’ils n’oseraient pas.

"On a en face de nous des gens qui sont des blocs d’émotion"

C’est une campagne très douloureuse parce que très violente. Je ne dis pas que j’ai peur quand je vais sur le terrain, loin de là. J’adore la discussion et je n’ai pas peur qu’on m’engueule. Mais les gens ne prennent plus de gants. Avant il y avait une argumentation, il y avait du fond. Là, on est dans l’irrationnel. Ce qui m’inquiète, c’est pour la démocratie. Il faut que les liens soient réparés. Avant, les gens avaient une forme de fascination pour ceux qui s’engageaient au service des autres. Tout ça a été balayé. Ils n’y croient plus.

Est-ce que cette agression était prévisible? Evidemment. On a en face de nous des gens qui sont des blocs d’émotion. L’élu représente le diable. A ce point-là, ça devient étonnant de voir que la colère devient physique. On le ressent quand on arrive avec des tracts. Avant il y avait des vraies discussions, on pouvait rester 45 minutes à discuter avec la même personne. Maintenant ça part très vite en vrille. Dans le cas de NKM, ce n’est même pas une agression sur le fond. ‘Bobo de merde!’, c’est une agression sur la personne et c’est encore plus violent.

Mais il faut aussi que la classe politique fasse son autocritique. Il ne faut pas que ça aille dans un seul sens. D'ailleurs il y a beaucoup de choses qui me semblent tout à fait juste dans ce que disent les gens. Mais la violence verbale, je la subis tous les jours. On peut dire tout ce qu’on veut, les gens n’impriment plus du tout."

Propos recueillis par Antoine Maes