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Nouvelle polémique sur l'Unef et les réunions interdites aux blancs: comment le syndicat a dérivé

EXPLIQUEZ-NOUS - Le syndicat étudiant UNEF est au cœur d’une nouvelle polémique. La présidente a défendu mercredi l’organisation de réunions "interdites aux blancs".

Ces visent à rassembler des personnes concernées par le racisme et qui décident d’en parler entre elles. Pour évoquer leur “ressenti” face aux discriminations. et cela dans un cadre non-mixte. C’est comme cela que le syndicat les présente.

Ces réunions ont lieu au sein du bureau national, ou bien dans les sections locales. Généralement une ou deux fois par an. C’est ce que m’a expliqué, tranquillement mercredi soir, le vice-président de l’UNEF. En précisant qu’il n’y a pas de filtre à l’entrée, mais que de fait, ce sont les étudiants et les syndicalistes "racisés" qui se retrouvent entre eux. Il n’est pas dit que ces réunions sont interdites aux blancs, mais de fait, elles sont réservées aux non-blancs.

Et cela dure au moins depuis 5 ans. Au départ, il y a eu des réunions non-mixtes pour les filles qui voulaient parler entre elles du sexisme, y compris et même surtout du sexisme au sein de l’organisation syndicale. Ces “groupes de paroles” ont été jugés utiles et productifs, et ont donc été étendus à la non-mixité raciale.

En 2016, l’UNEF avait déjà soutenu un festival de musique afro-féministe avec des espaces réservés aux femmes noires. L’année suivante lors d’un collectif national, c’est à dire une réunion du parlement du syndicat, à Nanterre, des élus avaient demandé et obtenu l’ouverture d’une salle de prière à proximité de l’amphi où se tenait le congrès.

Depuis, il y a deux ans, l’UNEF a élu une présidente Mélanie Luce qui se présente comme "racisée" et "non-blanche", parce que sa mère est Guadeloupéenne. Elle explique que l’UNEF reconnaît la couleur de la peau comme une race sociale. Ne me demandez pas d'expliquer ce concept de la couleur de la peau qui est une race sociale. L’UNEF a aussi désormais une porte-parole Maryam Pougetoux qui porte le Hijab y compris lorsqu'elle est auditionnée à l’Assemblée nationale.

Des responsables du syndicat ont aussi tenu des propos choquants

Par exemple le soir de l’incendie de Notre-Dame-de-Paris. La présidente de l’UNEF-Lille avait tweeté: "Je m’en fiche, on ne va pas pleurer pour des bouts de bois. C’est un délire de petits blancs." Deux membres du bureau national avaient ainsi ironisé sur l’incendie de la cathédrale. L’UNEF s’était désolidarisée mais sans condamner. 

Plus récemment on a beaucoup parlé de l’affaire de Sciences-po Grenoble. Les noms de deux professeurs ont été collés sur les murs, professeurs accusés d'être islamophobes. L’UNEF a relayé cette dénonciation, avant de le regretter et de parler de maladresse. Mais de nouveau sans condamner formellement la mise en danger des deux profs.

Le syndicat s’est aussi fait remarquer en exigeant la censure d’une pièce de théâtre qui devait être jouée à la Sorbonne. Une tragédie d’un auteur grec ancien jugé raciste parce que des acteurs portaient des masques pour représenter les noirs. 

La censure de cette pièce avait inspiré cette réaction de Pierre Jourde, écrivain, prof de fac et lui-même ancien dirigeant de l’UNEF. Il avait écrit : "Nous, dans les années 70, nous n’étions pas très malins et un peu staliniens. Mais aujourd’hui, les dirigeants de l’UNEF sont des demeurés. Ils sont idiots, totalitaires, analphabètes et obscurantistes." 

Comment peut-on expliquer ces dérives ?

Un tournant a eu lieu au début des années 2010. Le vieux syndicat socialiste a échappé au PS et a été repris par des dirigeants plus proches de la France Insoumise. Sans que ce soit forcément lié, on a surtout vu arriver des jeunes très mobilisés par les questions du sexisme et du racisme, plus que par la question sociale.

On parle beaucoup à l’UNEF du “ressenti” des femmes victimes du patriarcat, du “ressenti” des racisés victimes du racisme systémique. On dénonce l’oppression des hommes et l'oppression des blancs.

Ce sont les combats prioritaires des jeunes militants d’aujourd’hui. Assez éloignée de ceux de leurs prédécesseurs. Les Manuel Valls, Benoit Hamon, Julien Dray, Jean Christophe Cambadélis qui ont tous fait leurs premières armes à l’UNEF. A l’époque, il défendait l’universalisme, la laïcité, on ne parlait pas de “race”, il n’y avait pas de réunion non-mixte.

Nicolas Poincaré (avec J.A.)