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OM-Francfort à haut risque: faut-il interdire tous les déplacements de supporters?

Le match entre l'OM et Francfort, ce mardi soir, est classé au niveau maximal d'alerte par les instances de lutte contre le hoolignaisme, après les graves incidents intervenus à Nice jeudi dernier. Certains policiers français estiment qu'il ne faut pas avoir honte d'avouer qu'ils n'arrivent pas à gérer la situation et qu'il faudrait tout simplement interdire tous les déplacements de supporters.

Avec la fin de la crise du Covid-19, les supporters ont retrouvé le chemin des stades. C'était aussi synonyme du retour des voyages pour soutenir son équipe partout en France et en Europe. Des déplacements festifs qui, parfois, sont à l'origine de troubles à l'ordre public plus ou moins graves.

Jeudi dernier à Nice, plus de 5.000 Allemands ont débarqué sur la Riviera française à l'occasion de Nice-Cologne en Ligue Europa Conférence, et la gestion des supporters n'a pas été à la hauteur de l'événement. De nombreuses failles dans le dispositif de sécurité ont conduit à de très graves incidents à l'extérieur, mais surtout à l'intérieur du stade, où de nombreux blessés sont à déplorer en raison d'affrontements entre supporters. La préfecture et le ministère de l'Intérieur ont assuré pourtant que le dispositif était adapté à la situation.

Ces incidents liés à l'accueil et au déplacement de supporters, qu'ils soient étrangers ou non, semblent fréquents et amènent les autorités à tout simplement interdire en amont les déplacements jugés "à risque", en dépit de la liberté de circuler.

"Il faut interdire. Il n'y a pas de honte à dire qu'on n'arrive plus à canaliser ces gens-là", selon un syndicaliste policier

Et certains voudraient même totalement interdire les déplacements de supporters pour ne plus avoir à gérer le problème. Pour Rudy Manna, le secrétaire départemental du syndicat de police Alliance dans les Bouches-du-Rhône où se déroule ce mardi soir un nouveau match sulfureux entre Marseille et Francfort, la réponse est oui, sans ambiguité.

"Il va y avoir entre 1.400 et 1.500 policiers, pour un match de foot !", s'indigne-t-il. "Nous notre job, c'est aussi de protéger la veuve et l'orphelin. Ce n'est pas de se mettre au milieu de deux groupes de supporters complètement azimutés qui veulent se mettre sur la trogne parce que l'un est allemand et l'autre marseillais. Si on n'arrive pas à résoudre ces incidents, car à chaque fois il y en a, il faut interdire. Il n'y a pas de honte à dire qu'on n'arrive plus à canaliser ces gens-là. On a envie d'interdire le déplacement car ce n'est pas gérable."

"C'est une solution de facilité, on se dédouane de la responsabilité"

Mais interdire les supporters de se déplacer lors de ce type de rencontre serait à la fois un aveu d'échec et une mesure contre-productive d'après Patrick Mignon, sociologue spécialiste du supporterisme, auteur du Livre vert du supporterisme.

"Interdire, ça n'empêchera pas les gens de se déplacer et de créer ailleurs qu'autour du stade des incidents s'ils le veulent. C'est une solution de facilité, on se dédouane de la responsabilité de gérer les supporters et ce mouvement des supporters lors des grandes compétitions. Quand on fait ça, ça veut dire qu'on ne s'occupe pas de la mannière ordinaire et quotidienne de gérer des supporters."

Sacha Houlié, député (Renaissance) de la Vienne, concède également sur RMC ce mardi matin que ce n'est "pas normal" d'en arriver là.

"A Nice, peut-être qu’il y a eu une sous-préparation. Ce que nous cherchons à éviter aujourd’hui à Marseille", souligne-t-il.

Il estime que ce ne serait pas un éveu d'échec de "s'inspirer" de ce qui se fait de mieux en matière de gestion du supportérisme à l'étranger, comme en Allemagne par exemple, pour tenter de trouver des solutions à cet éternel problème.

James Abbott