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Pas de sortie de confinement avant que les réanimations soient "soulagées": ce que propose le Conseil scientifique au gouvernement

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Alors que le gouvernement prépare les Français au prolongement du confinement, Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique appelle à rester très strict.

Combien de temps encore? Alors que la France franchit la barre des 10.000 morts liés au coronavirus, le confinement se durcit dans plusieurs villes de France. Les autorités se veulent également prudentes sur la question du déconfinement: "Nous ne sommes pas encore au pic", a répété le directeur général de la Santé. "Nous ne sommes qu'à la phase ascendante même si elle ralentit un peu, donc aborder le déconfinement aujourd'hui n'a aucun sens", a insisté Jérôme Salomon. En vigueur depuis le 17 mars, le confinement sera "probablement" prolongé au delà du 15 avril, a indiqué le Premier ministre Edouard Philippe.

Une réflexion appuyée par le Conseil scientifique dans son dernier avis. La fin du confinement en France ne pourra être envisagée que lorsque la "saturation" des services de réanimation aura été "jugulée" et que les "mesures de contrôle" qui prendront le relais seront "opérationnelles", estiment les experts.

Soignants, stocks et stratégies

Avant d'envisager une sortie du confinement, le gouvernement devra s'assurer que l'objectif" de "soulager les services de réanimation français" est "atteint", "sur la base d'indicateurs épidémiologiques", souligne le texte transmis la semaine dernière au gouvernement et rendu public mardi soir.

"Les équipes de soignants devront également bénéficier d'une période suffisante pour récupérer de l'effort considérable fourni (...) et les stocks de matériel, traitements spécifiques à la réanimation et équipement de protection devront être reconstitués", ajoute l'avis, le cinquième depuis la mise en place de cette instance le 10 mars, pour guider les pouvoirs publics dans leur stratégie contre l'épidémie de Covid-19.

Les membres du conseil, présidé par Jean-François Delfraissy, ajoutent deux autres critères sur lesquels la sortie de confinement "peut être décidée": "une réduction du nombre de cas Covid-19 sur le territoire national" et "s'assurer que les éléments d'une stratégie post-confinement seront opérationnels". "Idéalement", la réduction du nombre de malades "devra être suffisamment importante pour que la détection des nouveaux cas de façon systématique redevienne possible" afin de "contrer précocement les reprises de l'épidémie" en appliquant "rapidement les mesures de contrôle auprès des cas et de leurs contacts". Dès le 24 mars, le conseil scientifique estimait qu'il durerait "vraisemblablement au moins six semaines".

Les 13 experts estiment en effet que l'immunité de la population face au coronavirus est actuellement "très vraisemblablement inférieure à 15%" et ne peut donc pas encore jouer un rôle dans le contrôle de l'épidémie.

Des mesures "fortes" après le confinement

Quant aux éléments nécessaires au post-confinement, en attendant d'éventuels "traitements efficaces contre le virus", il s'agit de "la disponibilité des protections matérielles (gels hydro-alcooliques, masques...), des "capacités de diagnostic rapide" de l'infection avec une surveillance épidémiologique renforcée et des "nouveaux outils numériques permettant de renforcer l'efficacité du contrôle sanitaire de l'épidémie".

Cela suppose aussi que les autorités aient défini les "mesures de distanciation sociale qui seront maintenues" après le confinement, les "modalités d'isolement des cas et de leurs contacts", une "politique de contrôle aux frontières" et "la protection des personnes vulnérables" ou à risque "du fait de leur situation d'habitat (migrants, prisons, personnes en institution)". Ces mesures seront "plus facilement supportables et moins coûteuses pour la société" que le confinement mais "resteront néanmoins fortes", avertit le Conseil scientifique, qui insiste sur le fait qu'en parallèle de ces réflexions, la "priorité" actuelle demeure "la poursuite d'un confinement renforcé dans la durée". 

La rédaction de RMC (avec AFP)