RMC

Patrice Blanc, président des Restos du Cœur: "il faut mettre la question de la pauvreté sur la place publique"

Patrice Blanc, président des Restos du Cœur

Patrice Blanc, président des Restos du Cœur - BERTRAND GUAY / AFP

Alors que les Restos du Cœur organisent ce week-end une grande collecte alimentaire dans toute la France, Patrice Blanc, le président de l'association, pousse un coup de gueule. Selon lui, alors que l'élection présidentielle approche, "la question de la pauvreté n'est pas assez présente dans le débat politique".

Patrice Blanc, président des Restos du Cœur:

"Il y a quelques semaines, nous avons adressé une lettre ouverte à tous les candidats à l'élection présidentielle. Le but de cette lettre n'est pas de faire un classement de programmes des différents candidats mais d'espérer qu'ils vont mettre la question de la pauvreté sur la place publique et qu'ils disent quelles réponses ils apportent à cette problématique. Il s'agit aussi, pour celui ou celle qui sera élu(e), d'avoir un document, une prise de position qui nous permette de lui rappeler ses engagements une fois qu'il ou elle sera en fonction. On ne demande pas des Etats généraux de la pauvreté mais simplement que la question de la précarité soit abordée lors des débats télévisés de la campagne électorale.

En effet, à l'heure actuelle, il y a, en France, près de neuf millions de personnes considérées comme pauvres. La situation est alarmante. Et, nous, chaque année, nous accueillons plus de 900.000 personnes demandant de l'aide alimentaire, à savoir les personnes les plus pauvres parmi les pauvres. Ce qui est inquiétant, c'est que de plus en plus de femmes seules avec un ou des enfants viennent nous voir. On a également, et c'est un phénomène un peu nouveau, de plus en plus de jeunes, des étudiants, qui viennent. A tel point que dans un certain nombre de centres, on a dû ouvrir le soir pour les accueillir.

"Nous invitons les candidats à signer un engagement personnel sur cinq mesures"

Enfin, on a aussi beaucoup de personnes âgées, retraitées, isolées, en milieu rural, ne pouvant pas se déplacer pour accéder aux aides. Ce qui nous conduit, dans certains départements, à mettre en place des circuits itinérants. Face à ce constat critique, la politique n'a pas de résultats à la hauteur des enjeux, à commencer par la question du logement. En effet, s'ils apportaient une réponse efficace dans ce domaine, beaucoup de gens ne tomberaient pas dans la pauvreté. La preuve, près d'un tiers des gens qui viennent aux Restos ont un travail, même si ce sont souvent des contrats courts, mais sont quand même en situation de précarité, notamment à cause du logement.

Selon nous, un candidat sérieux est quelqu'un qui fait des propositions pour lutter contre la pauvreté et qui explique l'impact qu'elles auront. C'est pourquoi nous invitons les candidats à signer un engagement personnel sur cinq mesures:

  • Un programme de lutte contre la pauvreté.
  • Ne pas confondre lutte contre la pauvreté et lutte contre les pauvres. C’est-à-dire d'arrêter, ou de ne pas commencer pour certains, de tenir des discours sur l'assistanat, de stigmatiser les gens qui seraient des assistés. Alors même que, et nous le constatons aux Restos, dès qu'il y a des possibilités de s'en sortir les gens cherchent à s'en sortir.
  • De s'engager, s'ils sont élus, à défendre, devant la Commission européenne et le Conseil européen, le renouvellement du programme européen d'aide à l'alimentaire pour les plus démunis, à savoir le FEAD (Fonds européen d'aide aux plus démunis) qui vient à échéance fin 2020. Mais les discussions autour de ce FEAD vont arriver dès la fin de cette année.
  • Respecter l'indépendance des associations. Donc de ne pas chercher à les diriger car si les associations sont fortes c'est parce qu'elles ont des bénévoles.
  • Maintenir la loi Coluche, c’est-à-dire l'exonération fiscale partielle accordée aux dons.
Propos recueillis par Maxime Ricard