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Pourquoi la célébration du 150e anniversaire de la Commune fait polémique

EXPLIQUEZ-NOUS - La ville de Paris va célébrer jeudi le 150e anniversaire de la commune. Une commémoration qui fait l’objet d’une polémique.

On parle d’un événement sanglant de l’histoire de France qui fait encore débat, un vrai débat clivant entre la gauche et la droite. Au conseil de Paris, début février la discussion a duré plus d’une heure. Il s’agissait de voter une subvention pour l’organisation des cérémonies qui auront lieu jeudi. L’opposition de droite s’y est opposé défendant l’idée qu’on ne célèbre pas une guerre civile.

Est-ce que l’on peut qualifier la commune de guerre civile ?

C’est d‘abord un mouvement d'insurrection mais qui s’est effectivement terminé dans le sang, avec des milliers de morts et des scènes de guerre dans Paris.

Au départ de cette histoire, il y a la défaite militaire de la France face à la Prusse en 1870. Napoléon III abdique et laisse la place à la Troisième république. Un gouvernement s’installe à Bordeaux puis revient à Versailles et négocie une reddition avec le chancelier Prussien Bismarck.

L’accord prévoit toute une série de conditions humiliantes pour la France et notamment la livraison à l'ennemi de 227 canons qui assurent la défense de Paris. C’est inacceptable pour les Parisiens, parce ce sont eux qui ont payé ces canons, à travers une souscription. Pas question de les offrir aux Prussiens.

D’autant que ces Prussiens imposent un blocus à Paris depuis 4 mois. Les Parisiens meurent de faim. On a mangé les chats, les chiens, les rats et même les animaux des zoos. Notamment les deux éléphants du jardin des plantes.

Le peuple de Paris est à genoux, mais il n’accepte pas la capitulation et la perte des canons. Il va se soulever, à la fois contre les Prussiens et contre le gouvernement de Versailles.

L'insurrection va durer deux mois

Du 18 mars au 28 mai. Les Parisiens ont pris le pouvoir avec l’aide de la garde nationale. Les Versaillais envoient des troupes, mais elles fraternisent avec les révolutionnaires.

C’est un mouvement populaire, utopique, anti-élite mais aussi violent. On pourrait presque oser la comparaison avec les gilets jaunes.

Finalement, tout cela va mal se terminer. L'armée finit par intervenir. C'est une semaine sanglante. Environ 7.000 communards sont tués dans les combats. Et on compte un peu plus de 1.000 morts du côté Versaillais. 147 fédérés sont fusillés au cimetière Père Lachaise. Ceux-là sont encore célébrés tous les ans par le parti communiste.

38.000 révolutionnaires passent en conseil de guerre. 7.000 sont condamnés à la déportation en Nouvelle-Calédonie. Dont l’une des meneuses: Louise Michel.

150 ans après, ces événements restent fondateurs pour la gauche

La commune de Paris a voulu réinventer le monde, et dans l'effervescence révolutionnaire on a inventé des idées tout à fait nouvelles. Pour la première fois on parlait de l’égalité salariale entre les femmes et les hommes. L’idée de séparation de l'église et de l'État est évoquée plus de 30 ans avant la loi de 1905. On défend l’union libre, la justice gratuite, la réquisition des logements vides pour les sans-abris. Des notions qui sont encore dans le débat public.

Mais les élus parisiens de droite veulent que l’on rappelle aussi les crimes de la commune

Parce qu’il y en eu : les communards ont incendié, l'hôtel de ville, les Tuileries, le palais d’Orsay, le Palais royal et plusieurs synagogues parisiennes. Le 26 mai, juste avant la chute, ils ont exécuté 51 prisonniers dont dix prêtres et 39 gendarmes. 

Ils ont aussi pris en otage puis assassiné des moines dominicains qui étaient venus d'Arcueil pour ramasser les blessés. Les communards n’étaient pas des enfants de cœur. On peut commémorer l’anniversaire sans pour autant les célébrer.

Nicolas Poincaré (avec J.A.)