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Accusés à tort de maltraitance, ils n'ont pas vu leur fille pendant plus de trois ans: "ça nous a détruits"

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- - LOIC VENANCE / AFP

Accusés à tort d’avoir maltraité leur petite Louna, des parents envisagent de poursuivre trois experts judiciaires. Ceux-ci se sont en effet trompé et n’ont pas fait l’analyse de sang nécessaire pour savoir si la fillette n’était pas, comme la maman, atteinte d’une maladie génétique qui lui provoque des hématomes de stress ou de fatigue.

Sabrina et Yoan, les parents de la petite Louna avaient été accusés en 2012 de maltraitance sur leur fille. Il s'agissait en fait d'une maladie rare qui provoque l'apparition d'hématomes sur son corps en cas de fatigue, de stress ou lors de légers contacts. Mais les experts mandatés par la justice avaient conclu à des violences et avaient placé leur fillette en famille d'accueil. Après trois ans et demi, Louna est revenue chez ses parents, en août 2015, lorsqu'ils ont obtenu la relaxe en prouvant la maladie de leur enfant. Aujourd'hui, Sabrina et Yoan envisagent d'assigner en justice les experts.

Sabrina, la mère de Louna:

"Je suis atteinte d'une maladie, tout comme ma fille et mon fils, qui se présente sous forme d'œdèmes au niveau de la peau et des muqueuses. Ces œdèmes sont très importants et localisés sur tout le corps: les hématomes peuvent apparaître au niveau du cœur, des poumons, des abdos… C'est une maladie extrêmement rare et orpheline. Il y a beaucoup de facteurs déclencheurs, plus de 250, à l'apparition de ces œdèmes. Cela peut donc être tout et n'importe quoi mais dans nos cas personnels, les médecins n'ont pas repéré ces facteurs déclencheurs. Cela peut être aussi bien la fatigue que le stress ou un rhume. De même, quand on se cogne contre une table, au lieu d'avoir un petit bleu, celui-ci sera décuplé.

Mais on se demande comment trois experts, missionnés par le parquet, n'apportent pas la réponse posée par le parquet. Parce que le parquet voulait clairement savoir si Louna était atteinte ou non de cette pathologie (à l'époque, la petite n'est pas diagnostiquée, ndlr). Et pour savoir si elle l'était, il fallait faire une prise de sang. Alors que la première expertise a eu lieu le 18 février 2012, la prise de sang n'a été faite qu'en juillet 2014. Pendant deux ans et demi, on a sans cesse sollicité les experts pour que cette prise de sang soit effectuée mais à chaque fois nos demandes étaient refusées. On nous disait que notre fille n'était pas malade.

"Je n'ai pas vu ma fille grandir"

Il aurait suffi d'une simple prise de sang pour que les experts s'en rendent compte et ne placent pas ma fille en famille d'accueil pendant plus de trois ans. Mais ils ne l'ont pas faite. Cette période a été extrêmement douloureuse. Quand on est maman et qu'on ne voit pas son enfant grandir, c'est très compliqué à vivre. Je ne sais pas quel est le premier mot qu'elle a prononcé. Je ne sais pas la date à laquelle elle a commencé à marcher. Cette histoire m'a dévastée parce qu'au final j'ai appris à connaître ma fille au bout de trois ans et demi. J'ai perdu les années les plus importantes de sa vie. Je ne l'ai pas vu grandir.

Louna est revenue il y a un an et demi et ça s'est très bien passé. On s'attendait à ce que ça soit difficile pour elle de revenir à la maison, mais en fait pas du tout. Elle s'est adaptée à la vie de famille avec une facilité incroyable. Elle nous a toujours appelés papa et maman. Elle savait très bien que Léo était son petit frère, que Lisa était sa grande sœur. Mais l'éducation donnée par la famille d'accueil n'est pas du tout celle que nous donnons à la maison. On pensait donc qu'elle serait perturbée mais pas tant.

"Que ce genre d'affaire ne se reproduise pas"

On a eu tout de même quelques soucis, notamment au niveau de l'alimentation. Au début, elle n'était pas habituée à manger des plats 'normaux'. Par exemple, ça a été très compliqué de lui faire avaler des légumes ou des produits laitiers. Il a fallu y aller petit à petit.

C'est pourquoi aujourd'hui nous demandons réparation du préjudice. Nous voulons surtout que ce genre d'affaire ne se reproduise plus. Que l'on n'accuse pas, à tort, des parents de maltraitance. Que notre situation malheureuse serve de jurisprudence et que l'on prenne en compte ce que disent les parents, surtout quand il s'agit de maladies rares et orphelines. Ça ne doit pas se reproduire parce que ça a détruit Louna, ça a détruit toute une famille…"

Maxime Ricard avec Baptiste Denis