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Affaire Lambert: faut-il autoriser l'aide à mourir pour les personnes atteintes d’une maladie incurable?

En cas "d’obstination déraisonnable" le droit français prévoit un possible arrêt des soins pour les personnes qui ne peuvent plus vivre sans assistance lourde. Différentes enquêtes montrent que 9 Français sur 10 seraient favorables pour qu'on aille plus loin et qu'on assouplisse cette loi.

C’est au début de cette semaine que le protocole d’arrêt des soins de Vincent Lambert doit commencer. Ses parents, qui se battent pour son maintien en vie, ont épuisé tous les recours judiciaires. Leurs avocats doivent déposer ce matin une toute dernière disposition d’examen en urgence devant les tribunaux. Mais les médecins de Vincent Lambert mettent en avant le droit du patient à ne pas subir d’obstination déraisonnable.

Vincent Lambert a aujourd’hui 42 ans. Il était infirmier. Il n’avait laissé aucune directive. Depuis son accident de la route en 2008, il y a plus de 10 ans, il est tétraplégique, dans un état végétatif, plongé dans le coma.

"On n'arrête jamais les soins, on arrête l'acharnement thérapeutique"

Selon l’équipe médicale, son maintien en vie n’est qu’artificiel, piloté par des machines pour l’hydrater et l’alimenter. Ce sont ces machines que les médecins vont stopper à partir de ce lundi. Son décès devrait intervenir dans 2 à 4 jours. Vincent Lambert sera placé en sédation profonde, pour ne pas ressentir de douleur. Bernard Devalois est médecin, il exerce en soins palliatifs à Bordeaux.

"On n'arrête jamais les soins, on arrête l'acharnement thérapeutique on arrête le maintien artificiel en vie qui est déraisonable. Dans l'affaire Vincent Lambert on est bien dans ce cas. Conformément à la loi il convient de ne pas poursuivre cet acharnement et donc de le laisser mourir tranquillement, naturellement." 

C’est exactement ce que prévoit la loi Claeys-Leonetti de 2016. Pas d’euthanasie ni de suicide assisté, mais l’arrêt des traitements en cas d’obstination déraisonnable. Ce sont les médecins qui prennent la décision, en accord avec la famille ou avec les directives éventuellement laissées par le patient.

"Je pense qu'il faut mettre une ligne rouge, la médecine est là pour soigner et pas pour donner la mort"

Aujourd’hui, selon différentes enquêtes, 9 Français sur 10 sont favorables à un assouplissement de la loi, favorables à légiférer sur le droit à mourir. Benoit Clermont n’est pas de ceux-là. Il a perdu Gaspard, son petit garçon, atteint d’une maladie neurodégénérative. Il ne veut pas entendre parler d’euthanasie ou de suicide assisté.

"Ah mon avis il ne faut pas l'autoriser. Je pense qu'il faut mettre une ligne rouge, la médecine est là pour soigner et pas pour donner la mort. On accompagne les patients jusqu'au bout et il me semble que l'euthanasie est une forme un peu caché de vouloir se débarrasser de ce qui nous gêne. Il faut considérer que la vie mérite d'être vécue et est aussi riche de choses jusqu'à la fin."

A ce jour, l’euthanasie n’est autorisée que dans 4 pays au monde : Colombie, Pays-Bas, Belgique et Luxembourg. Le suicide assisté est légal en Suisse et dans 5 Etats américains (Oregon, Washington, Vermont, Californie, Montana).

Matthieu Rouault