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Agnès Buzyn assure ne pas avoir été entendue par le gouvernement sur l'étendue de la crise du coronavirus

L'ex ministre de la Santé partie en campagne pour les municipales en plein crise de coronavirus, assure avoir conseillé au gouvernement de reporter les élections municipales. Elle aurait envoyé les premiers signaux au mois de janvier.

Au premier jour du confinement du pays mardi, le gouvernement se serait bien passé de cette bombe politique venue de ses propres rangs. Confessions accablantes signées Agnès Buzyn, ministre de la Santé jusqu'au 17 février, puis candidate LREM à la mairie de Paris.

Dans un entretien au journal Le Monde, celle qui a vécu aux premières loges le début de la crise du coronavirus assure avoir conseillé au gouvernement de reporter les élections.

De quoi donner du grain à moudre aux oppositions

Dans ce qui sonne comme une façon de libérer sa conscience, Agnès Buzyn assure également avoir alerté le gouvernement sur la crise sanitaire à venir, sans être entendue. Des propos qu'elle a édulcoré mardi dans un communiqué. De quoi donner du grain à moudre aux oppositions. Des propos "consternants" pour le chef de file des insoumis, Jean-Luc Mélenchon. "A-t-elle su et prévenu trois mois avant ? Et dans ce cas, pourquoi n'a t elle rien fait ?"

Le député européen RN, Jordan Bardella estimant sur son compte Twitter que "si le gouvernement savait, il faudra qu'il rende des comptes".

Mardi soir, invité du journal télévisé de France 2, le Premier ministre n'a pas démenti les propos d'Agnès Buzyn. Le Premier ministre a souligné que le maintien des élections n'avait pas été une décision prise à la légère mais décidée en concertation avec les scientifiques et les responsables politiques.

Il n'empêche, le mal est fait. L'opposition en ébullition. La majorité est sous le choc. Les aveux de l'ex-ministre de la Santé jettent le trouble sur la gestion de la crise par la Macronie.

"On aurait du tout arrêter, c'était une mascarade"

Agnès Buzyn assure avoir envoyé les premiers signaux dès le mois de janvier au couple exécutif sur l'ampleur de la crise à venir. Elle dit avoir prévenu Emmanuel Macron à la mi-janvier, Edouard Philippe deux semaines plus tard.

"J'ai averti le Premier ministre que les élections ne pourraient sans doute pas se tenir", explique Agnès Buzyn a posteriori, qui juge sévèrement la décision de maintenir le 1er tour des municipales.

"On aurait du tout arrêter, c'était une mascarade". Des propos qu'elle a regretté ensuite dans un communiqué. Trop tard pour enrayer le vent de panique dans la majorité. "Elle craque", analyse un marcheur. "Elle veut laver son honneur", décrypte un autre.

Certains parlent de suicide politique et redoutent un nouveau scandale d'Etat. Interrogé mardi soir sur le sujet, Edouard Philippe a dit assumer les décisions du gouvernement, fondées, à chaque fois, dit-il, sur des motifs scientifiques.

Juliette Droz (avec J.A.)