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"C'est en train de polluer mon activité": pourquoi le dispositif d'aide psychologique aux étudiants est en souffrance

Deux mois après la mise en place du dispositif "santé psy étudiant", qui propose des consultations de psychologues aux étudiants, les psychologues font grise mine. Ils déplorent un dispositif avec trop de charges et chronophage.

Le Covid-19 crée de plus en plus de détresse psychologique. Le chef de l'Etat a donc décidé de lancer en urgence un dispositif de prise en charge pour les enfants et les adolescents en détresse. Ce sera effectif d'ici 10 jours. Les étudiants, eux, y ont déjà droit. Depuis mi-mars. À travers le dispositif "santé psy étudiant", ils peuvent bénéficier de 6 consultations gratuites chez un psychologue de ville, pris intégralement en charge par l'Etat. Mais après plusieurs mois de mise en place, les psychologues sont mitigés.

Car le travail ne manque pas. Quand elle a entendu parler de ce dispositif, Sophie Carré, psychologue à Paris s'est tout de suite portée volontaire. Elle suit aujourd'hui une dizaine d'étudiants. Tous très fragilisés par cette crise: "Certains racontent qu'ils ont intégré une école et qu'ils n'ont jamais vu leur promo. Donc s'ils n'avaient pas d'amis avant ils ne connaîtraient personne"

Des troubles anxieux, des états dépressifs. Certains jeunes ont vraiment besoin d'aide. Et c'est bien pour eux, que Sophie Carré participe. Et pas pour les 30 euros qui lui sont versés: "Il y a trop de charges ce qui fait que de bout en bout, on est obligés de limiter un certain nombre de consultations pour ces tarifs-là, parce que sinon à la fin du mois c'est nous qui ne nous payons pas".

"C'est un modèle économique qui ne peut pas tenir"

Avec ce tarif si peu attractif, seuls 1500 psychologues se sont portés volontaires, sur les 75.000 de France. Ceux qui jouent le jeu croulent donc sous les appels. C'est le cas de Nadine Boisset: "Depuis le début du dispositif, il y a sûrement plusieurs centaines de personnes qui m'ont sollicité". Elle, se demande d'ailleurs si elle va pouvoir continuer longtemps:

"C'est un modèle économique qui ne peut pas tenir, c'est en train de polluer mon activité récurrente avec laquelle je vis. Entre ce flux d'étudiants, répondre à des messages et l'aspect déclaratif sur la plateforme, ce temps est précieux et je ne peux pas le consacrer à autre chose du coup".

Le dispositif est prévu pour durer jusqu'au 31 décembre. Elle, prédit qu'à la rentrée de septembre, bon nombre de praticiens pourraient avoir renoncé à participer. 

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Marie Régnier (avec Guillaume Dussourt)