RMC

"Ca ne sert à rien que je continue": avec la crise du Covid-19, près de 40% des infirmiers ont envie de changer de métier

Thomas Laurent fait partie de ces infirmiers qui ont choisi de baisser les bras, épuisés par des années de travail. La situation dans l'Hôpital public ne s'est pas améliorée et la profession se sent abandonnée par l'État.

La situation s’aggrave en France. Le coronavirus touche de nouveau, de plus en plus, la population. Les hôpitaux, déjà durement touchés par la première vague, voient avec grande inquiétude la progression de l’épidémie.

"Je me suis dit que cela ne servait à rien que je continue"

De nombreux professionnels de la Santé, exténués, ont décidé de quitter leur métier pour se convertir vers un autre secteur. C’est le cas de Thomas Laurent, infirmier à l’hôpital Édouard-Herriot de Lyon.

"Ma décision de quitter mon poste, et plus généralement le milieu du soin, est venu cet été après les annonces du Segur qui étaient - malgré quelques améliorations à la marge - pas à la hauteur de la situation de l’hôpital public, explique-t-il. Sans améliorations visibles et avec une charge de travail qui a augmenté surtout après la crise du Covid pour ce qui me concerne, je me suis dit que cela ne servait à rien que je continue".

"Je dois faire ça rapidement sans prendre le temps de rester avec mes patients"

Il raconte son quotidien. "J’ai des journées de 12 heures entre 7h et 19h ou de nuit. Donc l’alternance, au niveau du rythme, c’est épuisant. Ma journée consiste à faire les tours de service, c’est-à-dire que je fais les tours de mes patients. Je dois faire ça rapidement sans prendre le temps de rester avec eux pour accomplir les tâches qui me sont demandées pour les soins".

Sur RMC, Thomas Laurent dit avoir pris la décision de prendre une autre chemin, loin du domaine de la santé.

"J’ai choisi ce métier par passion et pour pouvoir l’exercer à l’hôpital public. Désormais, je vais suivre une formation de libraire. Je n’ai aucun regret de quitter l’hôpital car il n’y a aucune possibilité d’amélioration à la vue des conclusions du Ségur. Le salaire n’est pas la principale cause car je m’oriente vers un métier où je vais gagner encore moins, souligne-t-il".

"Je ne vais pas décourager les jeunes de ce job mais..."

Tout cela est-il la faute du gouvernement et de ceux qui nous ont dirigés les années passées? Lui l'assure, "si on nous avait promis une amélioration et qu’on aurait vu le déclenchement de celle-ci, oui, je serais resté".

Il n'est positif pour la suite et déconseille aux jeunes ce métier. "Je ne vais pas décourager les jeunes de ce job mais là, mon conseil, c’est de ne pas exercer en structure hospitalière. On voit bien que l’hôpital public, à qui on va demander encore plus d’économies l’année prochaine, ne promet pas des conditions qui vont s’améliorer".

Maxime Trouleau