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Carnaval à Marseille: "Ce sont les mêmes qui supplieront de se faire soigner dans 15 jours", se désolent des médecins

Des milliers de Marseillais ont profité de la journée de dimanche pour célébrer Carnaval.

Comme si de rien n'était. Déguisés en tournesol, boulanger ou gorille, environ 6.500 personnes, majoritairement jeunes et non-masquées, ont défié dimanche à Marseille (sud) les restrictions sanitaires contre le Covid-19 pour un carnaval non autorisé vécu comme un "exutoire" mais jugé totalement "irresponsable" par la police et des élus.

"Je suis en colère. L'attitude égoïste de quelques irresponsables est inacceptable. Rien ne justifie qu'on détruise les efforts collectifs pour endiguer le virus", a réagi sur Twitter le maire de Marseille Benoît Payan en demandant également que ceux qui ont commis des dégradations répondent devant la justice.

"Ca rassemble beaucoup d'antifa, beaucoup d'ultra-gauchistes et de bobos", selon un policier

Mais que faisait la police, alors que ce rassemblement n'était pas autorisé?Invité de RMC ce lundi matin, Rudy Manna, secrétaire départemental du syndicat de police Alliance, raconte la situation a dégénéré.

"C'est un peu faux de dire que ça nous a échappé. Cette manifestation a lieu chaque année, et chaque année il y a maille à partir avec la police parce que ça rassemble beaucoup d'antifa, beaucoup d'ultra-gauchistes et de bobos qui s'en prennent systématiquement (aux forces de l'ordre) parce qu'ils sont particulièrement avinés."

Le policier assure que ça n'aurait servi à rien de dire aux gens de quitter les lieux car ils ne le font pas habituellement.

"Au début il y a 2-3000 personnes avec des enfants. Si la police leur demande d'évacuer les lieux ils ne vont pas le faire. La seule solution c'est d'employer un minimum de force, une force légitime. Et ils ne vont pas se laisser faire et on aurait des scènes de pugilat en plein Marseille, ce sera repris par tous les médias. Et à la fin qui va payer l'addition? C'est encore la police. C'est pas évident d'évacuer des milliers de personnes qui détestent la police et détestent l'Etat. C'était de la provoc'."

Des dégradations ont été commises à la fin de la manifestation. Plusieurs personnes ont été interpellées. Les carnavaliers déchaînés sont ensuite descendus sur la Canebière où ils ont brûlé leurs traditionnels chars, certains montant sur le manège à côté en dansant sur les barres du carrousel.

Vers 18h30, les forces de l'ordre sont intervenues à deux pas du Vieux-Port pour disperser le rassemblement et sept personnes ont été interpellées, selon la préfecture de police.

"J'ai honte d'être Marseillais"

Marc Léone, chef du service réanimation à l'hôpital Nord de Marseille est quant à lui dépité du comportement des manifestants.

"J'ai honte d'être Marseillais, je trouve ça désolant, hallucinant. C'est un constat d'échec majeur sur notre façon de communiquer sur cette pandémie. Ce sont eux-mêmes qui dans quinze seront dans nos services de réanimation et supplieront pour qu'on les soigne du mieux qu'on peut."

Marseille n'est pas concernée par les nouvelles restrictions entrées en vigueur samedi pour au moins quatre semaines dans 16 départements dont les Alpes-Maritimes proches. Mais les restrictions habituelles pour lutter contre la propagation du Covid-19 s'y appliquent, dont la limitation des rassemblements et le port obligatoire du masque. L'année dernière le carnaval de La Plaine avait été annulé avec le premier confinement.

J.A.