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Coronavirus: faut-il "oser" la chloroquine?

L'infectiologue François Bricaire, ancien chef du service des Maladies infectieuses à la Pitié-Salpêtrière, a donné son avis éclairé sur la chloroquine, ce lundi soir sur RMC. Cette molécule pourrait être un remède contre le nouveau coronavirus, mais son utilisation dans le cas présent reste très controversée au sein de la communauté médicale.

La chloroquine est-elle le remède miracle tant recherché pour lutter contre la propagation du coronavirus, responsable de la mort de 860 personnes en France? Spécialiste des maladies infectieuses à Marseille, et premier en France à l’avoir utilisé sur des patients atteints par le Covid-19, le professeur Didier Raoult en est persuadé. Une étude sur la chloroquine menée en France, qui s’inscrit dans le cadre d’un essai clinique européen, sera-t-elle en capacité de l’attester prochainement?

"Il est possible que monsieur Raoult apporte des précisions puisqu'il va continuer à donner de la chloroquine, a indiqué à RMC François Bricaire, infectiologue et ancien chef du service des Maladies infectieuses à la Pitié-Salpêtrière. Sinon, réellement, on y verra plus clair quand on aura les résultats de études lancées au niveau européen et français par des autorités de tutelle qui veulent des résultats. Il faut le temps de faire cette étude et c’est pas en huit jours qu’on aura les résultats."

Bricaire: "Respecter les règles de la science"

Doit-on, en attendant, l'administrer massivement à certains patients en France? Le Haut conseil de santé publique vient, selon le ministre Olivier Véran, de recommander de ne pas l'utiliser, sauf pour des formes graves.

"Ils gèrent la science dans les règles de l’art, dans un pays en paix, dans un pays en silence, où tout va bien, dans le confort, dans la mondanité", a estimé sur RMC le docteur Christian Recchia, pour lequel il faut avoir le courage d'oser, alors que "nous sommes en guerre". "Il est licite, si on a rien d'autre à proposer, d'accepter même un traitement dont la preuve absolue n'a pas été apportée", a abondé François Bricaire.
"Il y a, selon moi, deux choses qui sont pertinentes, a-t-il poursuivi. D’un côté, c’est de lancer les études qui vont permettre dire si oui ou non, c’est confirmé. Autrement dit, de respecter les règles de la science, de façon à appuyer de façon solide la qualité de ce traitement. La deuxième chose pertinente, c’est d'un point de vue du réalisme, dans une phase ascensionnelle d’un nombre de cas, de pouvoir donner un traitement supposé efficace, alors que nous n’avons rien d’autre de correct à proposer. L’un n’empêche pas l'autre, l’un peut servir l'autre."

Des effets indésirables "gérés de façon satisfaisante"

"D’ici à quinze jours, nous devrions avoir des données consolidées", a indiqué le ministre de la Santé Olivier Véran. Mais les effets indésirables de cette molécule utilisée depuis de très nombreuses années déjà, sont connus en majorité.

"On dit beaucoup de choses sur les effets de la chloroquine, a exposé François Bricaire. C’est un médicament qui, comme tous les médicaments efficace, a des effets indésirables, c’est incontestable. On les connaît bien, ils ont été gérés de façon tout à fait satisfaisante depuis qu’on l’utilise. Cela veut simplement dire qu’il faut le faire sous surveillance médicale avec des prescriptions contrôlées. Ce n’est pas compliqué. Il y a deux sortes de complications. D’une part quand on l’utilise d’une façon courte pour une infection aiguë, ce qui serait le cas ici pour le coronavirus, c’est la surveillance cardiologie. Ces médicaments peuvent également, sur le long terme, mais ce n’est pas le cas ici, provoquer des complications oculaires."
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