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Coronavirus: les fédérations syndicales ne digèrent pas l'interdiction des marchés ouverts

L’interdiction des marchés ouverts annoncée par le Premier ministre Edouard Philippe ce lundi soir, si elle plait au Conseil d’Etat qui réclamait une mesure en ce sens pour répondre à l'urgence de la crise sanitaire liée au coronavirus, ne fait pas que des heureux. Les fédérations des marchés et des agriculteurs sont montées au créneau sur RMC.

Les annonces du Premier ministre Edouard Philippe, au 20h de TF1, n’ont pas manqué de faire réagir les Français en pleine crise sanitaire liée au coronavirus. "Le temps du confinement peut durer encore quelques semaines", a annoncé le chef du gouvernement ce lundi soir.

C’est donc dans cet état d’esprit de fermeté, face au risque induit par la présence de trop nombreuses personnes sur les marchés, que le Premier ministre a annoncé un durcissement des règles de confinement imposées aux Français. L’une d’entre elles va interdire les marchés ouverts à partir de mardi. C’était l’un des souhaits formulés par le Conseil d’Etat. Le gouvernement l’a exaucé.

Monique Rubin: "Je suis consternée"

Le Premier ministre a indiqué ce lundi soir qu’il s’apprêtait à signer un décret en ce sens. Et ce, afin d’assainir les zones publiques où, bien souvent, les gens ne respectaient pas les gestes barrières. Les marchés ouverts seront interdits sur tout le territoire à partir de mardi, sauf dérogation à la demande des maires, de petits villages notamment, où les marchés sont la seule façon de s’approvisionner pour les habitants. Ceux-là pourront être maintenus sur autorisation de la préfecture. Monique Rubin, présidente de la fédération nationale des syndicats des commerçants des marchés de France (FNSCMF), est en colère.

"Je suis consternée, abasourdie par une telle décision, a-t-elle lancé sur l’antenne de RMC. Si je fais l’analyse, on part sur le principe d’interdiction des marchés de plein vent, mais il sera permis aux préfets, sur avis des maires, de déroger à cette règle. Dans quelles conditions? Comment? Pourquoi? J’ai bien entendu ce qu’a dit le Premier ministre: les marchés ouverts. Est-ce que cela veut dire que les halles, les marchés couverts, peuvent continuer à travailler? Il y a beaucoup d’imprécisions. Il va vraiment falloir attendre pour nous la parution du décret au Journal Officiel, pour pouvoir le décortiquer avec les avocats de la fédération, avant de prendre des initiatives."

Un enjeu "vital" pour les producteurs

Le ton est moins menaçant du côté de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), mais Christiane Lambert, sa présidente, n’en est pas moins inquiète.

"C’est un coup dur pour l’agriculture, assène-t-elle. J’avais communiqué tout au long de la journée sur le fait qu’il ne fallait pas prendre cette décision comme cela, brutalement. Ce sont les marchés de plein vent, il y en a plus de 10.000 en France. On ne capitule pas car je sais que bon nombre d’agriculteurs ont besoin de vendre leurs produits. Le pire serait d’avoir tout préparé pendant des mois et d’être obligé de les jeter. Ce serait catastrophique. Il y a des enjeux économiques importants."

La présidente de la FNSEA loue une stratégie basée sur dialogue entre les maires et les préfectures dans le but d’aboutir à la réouverture de certains marchés.

"Je sais qu’il y a un certain nombre de villes qui ont pris des précautions. Mais aussi parce que les gens ne se comportaient pas comme il faut. Si les gens restent à distance les uns des autres, et c’est tout à fait possible, les marchés pourront fonctionner. Ils sont ouvrables sous condition. Nous allons donner un guide de bonne pratique pour pouvoir respecter toutes les conditions et obtenir la réouverture des marchés le plus vite possible. C’est vital pour les producteurs, mais aussi pour les Français qui n’ont pas de voitures et qui s’approvisionnent sur ces petits marchés de centre-ville."
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