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Covid-19: "Les morts ne se valent pas, il est plus triste de mourir à 20 ans qu’à 81 ans", juge le philosophe André Comte-Sponville

La crise sanitaire, ses mesures et son confinement, dramatiques pour l'économie, répondent à des valeurs morales, juge le philosophe André Comte-Sponville, qui déplore que l'on sacrifie deux générations pour un virus qui tue en majorité les plus vieux. Il était l'invité de RMC.

On recensait mardi 33.139 personnes hospitalisées en raison du Covid-19, 4838 malades en réanimation et 437 morts de plus portant à 46.273 le nombre total de décès. Et si la France a dépassé les 2 millions de cas, l'épidémie de coronavirus ralentit. Pour autant, aucune date de sortie de ce second confinement n'a encore été communiquée et de nombreux secteurs de l'économie restent et resteront encore soumis aux restrictions sanitaires.

Conséquence, la crise économique frappe de plein fouet le pays. "La crise sociale et économique est plus grave que la crise sanitaire", juge ce mercredi sur RMC le philosophe André Comte-Sponville. "La misère pose très vite d'énormes problèmes sanitaires", ajoute-t-il craignant un cercle vicieux du 'tout sécuritaire sanitaire'.

"Neuf millions de personnes meurent de malnutrition chaque année dont 3 millions d'enfants et tout le monde s'en fout, personne n'en parle. Et d'un coup des gens de mon âge meurent du Covid-19, maladie assez peu mortelle et ça prend une forte ampleur. Qu'est-ce qui est plus grave? Des gens de ma génération qui meurent du coronavirus ou 3 millions d'enfants chaque année? On a fait de la santé une valeur suprême alors que ce n'est pas une valeur morale mais un bien", plaide le philosophe.

"On va sacrifier deux générations"

Alors la liberté et l'économie sont-elles plus importantes que la santé? Sûrement estime André Comte-Sponville: "On va sacrifier deux générations: les jeunes adultes, de 30 à 40 ans, qui entrent dans un marché du travail totalement meurtri, et les enfants qui sont masqués, huit heures par jour devant un maître ou une maîtresse eux-mêmes masqués. Est-ce raisonnable de sacrifier l'éducation des enfants à la santé de leurs grands-parents?", interroge-t-il.

"Tous les êtres humains sont égaux quelque soit leur âge, mais toutes les morts ne se valent pas. Il est beaucoup plus triste de mourir à 20 ans ou 30 ans qu'à 68 ans, mon âge, ou a 81 ans qui est l'âge moyen des victimes du Covid-19. Qu'est ce qui est plus grave pour un adulte? Perdre son père ou sa mère ou son enfant? Tout le monde sait bien que perdre son enfant est beaucoup plus grave", ajoute André Comte-Sponville.

"Si Emmanuel Macron n’avait pas confiné, la France serait devenue ingouvernable"

"Quand la peur devient un problème plus dangereux que ce qui la motive, on appelle ça la panique. Tous les soirs depuis six ou huit mois, on nous cite le nombre de morts. Mais aucun journaliste ne nous a dit combien mourraient chaque année en France. Il meurt annuellement 600.000 personnes, cela relativise les 46.000 décès dus au Covid-19", ajoute-t-il.

S'il critique le travail des médias, André Comte-Sponville n'en veut pas aux politique. Le philosophe confesse s'être interrogé sur ce qu'il aurait fait à la place du gouvernement. Et étonnement, il assure qu'il aurait lui aussi confiné la France.

"Si Emmanuel Macron n’avait pas confiné, la France serait devenue ingouvernable et ce serait devenu un problème pour la démocratie. Les politiques n'ont plus d'autonomie par rapport au corps médical, aux experts, aux médias et au sentiment irrationnel de la population. Il faut s'inquiéter pour notre démocratie".
Guillaume Dussourt