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Covid, guerre, climat... L'alerte d'un psychiatre sur les souffrances psychiques "en forte hausse"

Covid, guerre, dérèglement climatique, crise économique... Plusieurs événements ont provoqué la dégradation de la santé mentale de nombreux Français. Les adolescents et les jeunes adultes sont particulièrement touchés. Explications avec Antoine Pelissolo, chef du service psychiatrie au CHU Henri-Mondor à Créteil invité sur RMC ce jeudi.

"On mesure depuis les deux années de crise sanitaire une recrudescence dans la partie soins et consultations. La santé mentale de tout un chacun s’est dégradée", explique Pr Antoine Pelissolo, chef du service psychiatrie au CHU Henri-Mondor à Créteil, invité sur RMC ce jeudi 18 août 2022.

Cette tendance est donc présente depuis quelques années et tend à s'accentuer. "C’est une accumulation de facteurs, qui sont marqués par l’incertitude. On a du mal à se projeter alors le stress et le mal-être sont souvent induits par cette incertitude", a-t-il ajouté.

La crise Covid a provoqué une cassure, particulièrement chez les adolescents et les jeunes adultes. "Il y a eu une rupture du lien social qui a duré le temps des confinements mais aussi plus longtemps quand il y a eu les cours à distance".

Une augmentation considérable de prises en charge

Si certains ont continué à aller en cours, d’autres se sont très vite arrêtés et "sont un peu en errance". Il y a des effets à retardement, notamment "quand on finit par s’épuiser".

"Dans les services de pédopsychiatrie, partout en France, on a des augmentations de toutes les souffrances psychiques. L’augmentation est vraiment très forte, par rapport à avant la crise".

Dépression, angoisses, tentatives de suicide et maintenant de plus en plus de phobie scolaire et de troubles alimentaires, "c'est considérable".

L'éco-anxiété, le mal du siècle?

S'il est trop tôt pour affirmer que cet été, particulièrement, a eu un impact sur la santé mentale, avec les incendies, les pics de chaleur et les forts orages, le déréglement climatique est sans aucun doute source d'inquiètude.

"Les événements graves nous permettent de réaliser des choses. Avant c'était loin, là c’est en France donc ça se rapproche dans le temps et dans l’espace", souligne Antoine Pelissolo.

De fait, certaines personnes vont entrer dans une prise de conscience et être anxieuses, de façon plus ou moins prononcée. "Chez les jeunes ça veut dire se questionner sur sa propre vie et sa propre existence dans les décennies à venir".

D'après lui, "l'éco-anxiété est le mal du siècle. C’est la projection dans un avenir qui est marqué par beaucoup de transformation que certains considèrent comme des effondrements possibles".

Cependant, l'éco-anxiété n'est pas une maladie. Cela peut être un état de souffrance, mais qui "est lié au contexte réel, ça n'est pas un trouble psychique". Pour autant, il peut favoriser "des troubles anxio-sévères, des crises d’angoisse et même des dépressions". Les personnes concernées sont très souvent âgées de 15 à 25 ans.

La crise économique qui émerge à cause, notamment, de la guerre en Ukraine a aussi tendance à favoriser des angoisses. "Le retour à la vie professionnelle ou aux études, va, cette année, être marquée par des aspects économiques", affirme le professionnel.

Quelles solutions ?

"C’est sombre mais il faut rester optimiste", souligne le Pr Antoine Pelissolo. C'est avec cet espoir et cette posititivté que les professionnels accueillent les patients. Ses conseils?

"Vivre au maximum le moment présent. Pouvoir savourer, pour certains, c'est toujours les vacances d’été, donc il faut vraiment en profiter au maximum avant la rentrée."

Il incite aussi à se concentrer sur des choses positives, sans pour autant être dans le déni. "Tirer profit du contact avec la nature" ferait du bien, en tous cas, il observe que "chez les jeunes générations, c'est vraiment important".

Enfin, il ne faut pas hésiter à consulter. "La limite c’est quand on n’arrive plus à penser à autre chose, quand on est obsédé par des choses négatives et on n’arrive pas à profiter du moment présent, et que par soi-même, on voit qu’on n’avance pas".

La rédaction de RMC