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Des résultats encourageants sur un traitement de l'essai Discovery: "C’est probablement une des molécules qu’il va falloir utiliser"

Invitée de RMC, Karine Lacombe, cheffe du service des maladies infectieuses de l’hôpital Saint-Antoine à Paris, explique cependant que cette molécule ne se suffira sûrement pas à elle seule et demande de la patience, car les résultats ne sont pas encore officiels.

L’épidémie de coronavirus a touché la plupart des pays européens et plus sévèrement la France, l’Italie, ou encore l’Espagne. Face à ce virus, les pays ont uni leurs forces pour lancer un grand essai baptisé “Discovery” pour étudier cinq différents traitements contre le coronavirus. 

Parmi ces traitements, celui par Tocilizumab, semble donner des résultats encourageants. 

“C’est un antiviral qui fait parti des cinq groupes de traitement qui sont analysés dans l’essai Discovery. On avait déjà eu des résultats préliminaires assez positif. Les résultats sont plutôt là pour dire que cet antiviral marche sur la partie virale de la maladie. En revanche, ce que montre cet essai, c’est qu’il n’y a pas d’impact sur la mortalité, probablement parce que certains patients sont traités trop tard. À partir du moment où il n’y a plus de virus, mais où ils sont entrés dans une phase inflammatoire qui fait tout le pronostic péjoratif de l'infection”, indique la Professeur Karine Lacombe, cheffe du service des maladies infectieuses de l’hôpital Saint-Antoine à Paris.

Cependant, si le traitement semble prometteur, elle estime qu’il ne pourra se suffire à lui seul. “C’est probablement une des molécules qu’il va falloir utiliser, mais dans un arsenal thérapeutique. On n'est pas sûr que pour traiter les patients les plus graves, un seul traitement suffira. Ce sera probablement une association de médicaments. Des médicaments pour contenir le virus, mais aussi des médicaments pour contenir la réaction inflammatoire immunologique”, explique-t-elle. 

Pas de résultats avant mai

Elle précise que malgré l’espoir que peut susciter ce traitement, il est encore beaucoup trop tôt pour parvenir à une conclusion. Elle explique qu’il faudra tester la molécule sur encore plusieurs centaines de patients avant de pouvoir être sûr des résultats.

“L’essai a été construit pour pouvoir inclure plus de 1000 patients, on est actuellement à 800. Donc tant qu’on n'a pas inclut l’effectif global, on a pas la puissance pour pouvoir montrer qu’il y a une différence entre tous les bras. Je sais qu’il y a beaucoup d’attentes autour de cet essai, mais il ne faut pas aller trop vite pour vraiment avoir des résultats confortés”, affirme-t-elle. 

Pour l’ensemble de l’essai Discovery, Karine Lacombe estime qu’il n’y aura pas de résultat avant mai. “On espère avant mi-mai. Ca dépendra aussi du fait de pouvoir inclure de nouveaux patients. C’est paradoxal parce qu’on voit qu’on est en phase de décélération de l’épidémie avec de moins en moins de patients qui arrivent à l’hôpital. Mais le corollaire, c’est qu’on a de moins en moins de patients à qui proposer l’essai Discovery”, indique-t-elle. 

Guillaume Descours