RMC

En dehors de la PMA, que contient vraiment la "Loi bioéthique"?

EXPLIQUEZ-NOUS - Après deux ans de débats, la loi sur la bioéthique a été définitivement adoptée ce mardi par les députés. Mais que prévoit exactement cette loi?

La loi bioéthique, après deux ans de débat, a été adoptée mardi. On retient surtout qu’elle autorise la procréation médicalement assistée pour toutes les femmes. Très rapidement, d’ici la fin de l’année les femmes seules et les femmes homosexuelles en couple devraient avoir accès à la PMA. Et cet acte médical sera remboursé par la sécurité sociale. 

François Hollande l’avait envisagé, mais ne l’avait pas fait. Emmanuel Macron l’avait promis mais il a attendu quatre ans, ce qui fait dire aux associations homosexuelles que cette loi est un accouchement dans la douleur après neuf ans de gestation…

Une loi qui ne porte pas que sur la PMA

Et la loi ne porte pas que sur la PMA. Elle traite de beaucoup d'autres questions sensibles. Elle autorise la congélation d'ovocytes pour les femmes qui veulent repousser leur projet d’enfant. Jusqu'à présent cette technique était réservée aux femmes malades, désormais elle est autorisée à toute.

La sécurité sociale remboursera le prélèvement mais pas la conservation. Il faudra payer les congélateurs et une entreprise n’aura pas le droit de prendre ces frais à sa charge pour qu’un employeur ne risque pas de faire pression sur une employée pour l’encourager à repousser sa grossesse.

La loi permet aussi aux enfants nés après un don de sperme d’avoir des informations sur leur géniteur

Le texte prévoit également que les enfants nés d’un don puissent avoir accès à leur majorité à l’identité du donneur. Conséquence : les donneurs de sperme a partir de la promulgation de la loi devront accepter de ne plus être anonymes. 

Autre article qui concerne aussi les donneurs, mais les donneurs de sang. Désormais les homosexuels ne seront plus exclus. C’était une une très ancienne revendication de la communauté LGBT. 

Une loi bioéthique qui aborde aussi la question de la recherche sur les embryons 

Et c'est là que l’on entre sur des questions très sensibles, très techniques et tout à fait passionnantes. L’article 17 de la loi vise à encadrer les recherches sur les chimères. Une chimère dans la mythologie grecque, c’est un monstre né du mélange de l’homme et de l’animal. En l'occurrence cela donnait un être mi-Lion-mi chèvre avec une queue de serpent.

Dans la réalité aujourd’hui c’est tout autre chose, mais c’est tout de même troublant. On parle des techniques qui consistent à introduire des cellules humaines dans des embryons d’animaux, des singes, des souris ou des porcs. 

A court terme, il s’agit de faire progresser la recherche sur le développement de la vie. D'étudier le développement des cellules, de mieux comprendre les causes de l’infertilité, de lutter contre les cancers.

A beaucoup plus long terme, on peut imaginer que l’on puisse modifier par exemple des porcs pour que leur foie ou leur pancréas soit compatible avec un organisme humain et que l’on puisse les utiliser pour des transplantations d’organes. 

Et cela pose d'énormes questions. Dans une tribune publiée dans Le Monde lundi, trois professeurs de philosophie estiment que l’on ne mesure pas la gravité de ce que l’on s'apprête à décider. Ils disent que l’on va violer la frontière entre les espèces, entre l’homme et l’animal. Ils dénoncent la volonté de créer une humanité génétiquement modifiée. 

Dans une autre tribune, une dizaine de chercheurs avaient répondu à ces objections en disant : laissez nous travailler. Pour eux, ces recherches sur des chimères Homme/animal sont la seule solution pour progresser sur la connaissance des embryons. Elles ont permis des avancées majeures dans les traitements des cancers ou de la maladie de parkinson. 

C’est un débat entre les anciens et les modernes qui a donné lieu à des passes d’armes passionnées à l’assemblée. Et finalement la loi autorise de nouvelles recherches qui peuvent faire peur mais qui sont encadrées.

Nicolas Poincaré