RMC

"Expliquez-nous": L'inventeur du lavage de mains enfin réhabilité

Face à l'épidémie de Coronavirus, le meilleur rempart reste le lavage des mains. Dans le monde entier, les autorités sanitaires nous encouragent à nous laver les mains plusieurs fois par jour. Une pratique inventée au milieu du 19e siècle par un médecin hongrois qui a été pris pour un fou.

Ça se passe dans les années 1840 en Autriche. À l'hôpital de Vienne, les naissances ont lieu dans deux pavillons. Celui du docteur Klein qui travaille avec des étudiants en médecine et celui du docteur Bracht qui travaille avec des étudiantes sage-femmes. Sans que l’on sache pourquoi, il y a deux fois plus de femmes qui meurent en couche dans le premier pavillon que dans le deuxième.

Un médecin d’origine hongroise, Philippe Ignace Semmelweis suggère de faire une expérience. Les étudiants en médecins et les sages-femmes échangent leur poste. Et on s'aperçoit que désormais, c’est l’autre pavillon qui a le plus de mort. Ce n’est donc pas lié au lieu, ni au chef de service, mais bien aux étudiants en médecine. Le docteur Semmelweis décide de les observer. Il s'aperçoit que souvent ils s’entraînent aux opérations sur des cadavres en salle de dissection puis ils vont accoucher les femmes sans s'être lavés les mains. Bon sang, mais bien sûr, il suffirait que les accoucheurs se lavent les mains pour sauver la vie de nombreuses femmes. 

Mais cette découverte n’a pas fait l’unanimité. Loin de là, parce qu’on ne sait pas encore ce que sont les microbes. C’est Pasteur qui va les découvrir et les observer au microscope 25 ans plus tard. Semmelweis n’a que l’intuition des microbes. Il parle de particules invisibles et potentiellement mortelle qui se trouveraient sur les cadavres que manipulent les étudiants en médecine. Mais il est incapable de prouver ce qu’il dit. Et les médecins détestent l’idée qu’ils puissent eux même être responsables de la mort des femmes qui accouchent.

Le jeune Hongrois est pris pour un fou. Il est viré deux fois de son hôpital. Il retrouve du travail à Budapest où on le prend à condition qu’il arrête de parler de son obsession de se laver les mains. Il revient à Vienne, toujours ostracisé et méprisé. Il écrit à toutes les académies de médecine d’Europe. 

Espérant être mieux compris à l'étranger. Mais ce n’est pas le cas. Personne ne le prend au sérieux. Il boit de plus en plus. Il fréquente les prostitués. Un de ses meilleurs amis finit par l'amener à l’asile de fous soit disant pour visiter un nouveau service, mais c’est un piège. Il tente de s’enfuir. Il est rattrapé par des infirmiers. Frappé, mis sous camisole de force et enfermé. Finalement, il va mourir à 47 ans, d’une infection après s’être coupé à la main… 

Réhabilité par Céline

Mais aujourd’hui il a été réhabilité. Il est considéré comme le père de l'asepsie. C’est-à-dire la lutte contre les microbes. Pasteur le premier l’a reconnu comme un maître. Louis Pasteur qui ne serrait jamais la main de personne. 

A Budapest aujourd’hui la fac de médecine porte son nom. Et on a aussi donné son nom à une théorie : le réflexe de Semmelweis, c’est la tendance qui consiste à rejeter une nouvelle théorie parce qu’elle bouscule des idées reçues. Ça concerne les médecins, mais pas que… 

Un autre médecin a participé à sa réhabilitation : le docteur Louis Ferdinand Destouche qui a fait sa thèse de médecine sur lui en 1924. Avant de devenir plus connu comme écrivain sous le nom de Louis Ferdinand Céline. Céline comme médecin était obsédé par l'hygiène et par une phobie des microbes. Comme écrivain, il sera obsédé par sa phobie des Juifs, en employant les mêmes termes. Mais c’est une autre histoire. 

Plus de 150 ans après la découverte de Semmelweis, l’OMS continue à se battre pour promouvoir le lavage des mains au moins 30 secondes le plus souvent possible. 

Mais avant même l'épidémie de Coronavirus, l’organisation mondiale de la santé avait lancé une campagne pour que les médecins se lavent mieux les mains. Une campagne en collaboration avec 19.000 hôpitaux du monde entier.

La moitié des médecins auraient à l'hôpital une hygiène insuffisante. D'après l’OMS on pourrait éviter 50% des infections nosocomiales, c’est-à-dire des infections contractées à l'hôpital celle que le médecin hongrois avait été le premier à deviner. Ces infections nosocomiales touchent 3 millions de personnes par an en Europe. Et provoque la mort de 100 personnes par jour en Europe. À peu près autant que le coronavirus ces derniers jours.

Nicolas Poincaré