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"Expliquez-nous": pourquoi les pénuries de masques resteront le grand scandale de l'épidémie de coronavirus

Le Premier ministre, Edouard Philippe, devrait annoncer cet après-midi si oui ou non les masques seront obligatoires dans les transports après le 11 mai. Mais y en aura-t-il assez pour tout le monde ?

L’affaire des pénuries de masques risque de rester comme le grand scandale de cette épidémie de coronavirus. Avec des images frappantes : celles d’un Airbus A380 décollant de Roissy pour Wuhan le 19 février avec 17 tonnes de masques et de matériels de protection. Un don de la France pour montrer sa solidarité à la Chine. 

À cette date, il y avait 12 cas de coronavirus en France et un mort. On n'était pas certain de l’arrivée de l'épidémie en France, mais l’on savait déjà que nos stocks de masques étaient vides. Un mois plus tard, la Chine nous a renvoyé à son tour un million de masques. Quinze jours plus tard encore le 7 avril, l'ambassadeur de France au Viêtnam se déplaçait à l’aéroport de Hanoi, pour assister au décollage de 100.000 masques, cadeau du Viêtnam. C’est sans doute la première fois que la France recevait de l’aide humanitaire venant d’une de ses anciennes colonies. Symbole d’une désorganisation. 

Mais le scandale n’est pas là. Le scandale, c’est tous ces soignants qui n’ont pas eu de masques à l'hôpital. On a tous en tête, ces témoignages d’aides soignantes, d'infirmières, de médecins qui devaient rentrer à l'hôpital dans les chambres des malades sans les fameux masques FFP2, les seuls qui protègent vraiment. Les infirmiers et infirmière libéraux qui se déplaçaient chez les gens sans protection. Les ambulanciers, les personnels des Ehpad, pas protégé, les médecins de ville qui devaient quémander à la pharmacie pour ne recevoir qu’une poigné de masques. Au moins 25 soignants, dont 13 médecins sont morts du coronavirus depuis mars. Et l’histoire n’est pas terminée. Le parti Républicain veut une commission d'enquête à la rentrée sur la question de ces pénuries.

Pas de renouvellement des stocks

Comment en est-on arrivé là ? En ne renouvelant pas les stocks depuis dix ans. Le journal Libération y consacre ce matin un gros dossier titré: Masques, mensonges et incurie. On y apprend notamment qu’en 2010, on disposait d’un milliard de masques chirurgicaux. D'après Libération, contrairement à ce qui a été dit plusieurs fois ces dernières semaines, la doctrine de l’Etat n’a jamais changé. Il n’a jamais été décidé de renoncer à ce stock d’un milliard de masques. Simplement, après 2010, il n’y a plus eu de commandes.

Tous les ans les budgets étaient votés pour renouveler les stocks en achetant 100 millions de nouveaux masques, mais tous les ans, ou presque, il y a eu des dépenses plus urgentes. Résultat, on garde en stock 754 millions de masques, mais ils vieillissent. En 2018, une société belge est chargée d'évaluer leur état et elle conclut qu’ils sont tous bons à jeter. 

Mais comme leur destruction coûte de l’argent, on ne l’a pas fait. Et ils sont donc toujours dans des entrepôts de 36.000 carrés dans la Marne, en train de pourrir. Agnès Buzyn, ministre de la Santé et son directeur général de la santé, Jérôme Salomon étaient au courant. Mais ils n’ont pas décidé de reconstituer ce stock.

Une crise mondiale

Est-ce que d’autres pays ont connu les mêmes pénuries ? Oui, et à vrai dire, c’est même le monde entier. La demande a explosé au moment ou les usines chinoises ont fermé. En Italie, en Espagne, le manque a été criant dans les hôpitaux. Aux Etats-Unis, il s’est passé exactement la même chose qu’en France. Les autorités ont nié le problème en expliquant que le port du masque par l'ensemble de la population était inutile, idiot, voire dangereux. Avant de changer d’avis, à la même date. Le 3 avril, l'Académie de médecine en France et le centre de contrôle des maladies aux Etats-Unis recommandent finalement le port du masque alternatif pour tout le monde.

Tous les pays ont connu des difficultés d'approvisionnement. Mais en Allemagne, il a toujours été possible d’acheter des masques en pharmacie. En Espagne aussi. Au Maroc, on en trouve dans tous les commerces à des prix dérisoires. Au Viêtnam, les masques ont été distribués en grand nombre aux 100 millions d’habitants avec obligation de les porter. Amendes pour non-port du masque, ou même peines de prison pour les récidivistes. 

En Allemagne, le port du masque est déjà obligatoire dans les transports avec là aussi des amendes à la clef. Bref, le monde entier s’est mis au port du masque. Et les usines tournent à plein régime. La Chine en produit désormais, 116 millions par jour. Et les vends environ 20 centimes pièces, pour un coût de production de quatre centimes. Les usines françaises sont aussi à plein régimes, mais avec des coûts de production plus élevés.

Nicolas Poincaré