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"Expliquez-nous": qui a détruit le système de santé en France?

On a tous en tête les images des soignants portant des sacs poubelles, faute de meilleurs protection pendant cette crise du coronavirus. Mais comment en est-on arrivé là? De quand date la crise des hôpitaux?

La crise du Coronavirus a révélé les failles et parfois la misère du système hospitalier Français. Pourtant, la crise des hôpitaux ne date pas de l’apparition du coronavirus. 1995 est souvent la date citée comme étant le début de la fin de l'âge d’or. Mais ensuite, il y a eu les 35 heures de Martine Aubry, les réformes de Jean-François Mattei avec l’aval de Jacques Chirac en 2003, les économies de Roselyne Bachelot sous Nicolas sarkozy. La logique comptable appliquée aussi par la gauche sous François Hollande. Et pas de changement notable depuis l'élection d’Emmanuel Macron. Bref quand on interroge les médecins hospitaliers, ils en veulent à peu près à tous les gouvernements qui se sont succédés depuis 25 ans. 

Tout commencerait en 1995, avec la réforme de la Sécurité sociale et des hôpitaux. La réforme Juppé qui a provoqué trois semaines de grèves très dur en décembre 1995. Le gouvernement avait reculé sur les régimes spéciaux de retraite à la SNCF, mais la réforme des hôpitaux était passée. Par ordonnance, l’Etat avait pris en main la gestion des hôpitaux. En fixant pour la première fois des objectifs chiffrés. Et pour faire respecter ces objectifs, on a embauché des milliers de fonctionnaires dans les nouvelles agences régionales. C’est le début de la prise du pouvoir par les comptables.

Puis sont venues les 35 heures, généralement considérées comme une catastrophe pour les hôpitaux. Voulues par Martine Aubry, mise en place par Elisabeth Guigou le 1er janvier 2002. 750.000 fonctionnaires hospitalier bénéficient d’une réduction du temps de travail. On passe de 8 heures par jour à 7h36 ou bien on bénéficie de jours de RTT. Mais les embauches promises pour compenser ne suffiront jamais soit par manque de moyens, soit par manque de candidats. Les 35 heures vont désorganiser les services. Créer des surcharges de travail, et de la rancoeur. Parce que trop souvent les soignants ne parviennent pas à prendre leur RTT.

Après la réélection de Jacques Chirac, le nouveau ministre de la Santé Jean-François Mattei est l’auteur d’une réforme qui va aussi désorganiser les hôpitaux et le système de santé français.

L'avènement de la logique comptable.

Ce médecin a cédé au lobbying très offensif des syndicats de médecins libéraux. Ils exigent et obtiennent la fin de ce qu’on appelait la permanence des soins. C'est-à-dire l’obligation pour les médecins de ville de prendre des gardes. Tous les dix jours en moyenne, ils devaient assurer la permanence des soins la nuit et le week-end. Le numéro du médecin était affiché sur les pharmacies. Tout le monde pouvait réveiller le médecin de garde à trois heures du matin et il venait chez les malades. “C’était la noblesse du métier”, m’a expliqué lundi un médecin qui exerçait à l'époque en Lorraine. 

C’est un pilier de notre système qui s’est effondré. Parce qu'à partir de la fin des gardes, et bien les services des urgences sont devenus le seul endroit pour se soigner 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Et la fréquentation de ces services a explosé.

Et puis dans la foulée, toujours en 2003, Jacques Chirac et Jean-François Mattei, font voter la réforme qui vraiment transformé l'hôpital. Et pas dans le bon sens. C’est l’instauration de la tarification à l’acte. Le fameux T2A. Les hôpitaux sont financés en fonction du nombre d’actes produits. On pousse les hôpitaux à se tourner vers les activités les plus rentables. 

Les hôpitaux cherchent à se refiler les patients trop chers. Le taux de remplissage doit atteindre 90%. La durée d’hospitalisation doit être la plus courte possible. Une sage-femme m’a expliqué que lorsqu’une jeune maman fatiguée veut rester à la maternité une nuit de plus, il faut la décourager parce que cela coûte théoriquement 2000 euros la nuit. Sauf qu’en réalité si le service n’est pas plein, le vrai prix c'est le prix du plateau-repas. C’est l'avènement de la logique comptable.

Ensuite, les moyens des hôpitaux ont constamment été réduits sous Nicolas Sarkozy et Roselyne Bachelot, sous François Hollande et Marisol Touraine. Sous Emmanuel Macron et Agnès Buzyn. 70.000 lits d'hôpital ont été supprimés en 15 ans. Une maternité sur trois a été fermée en 20 ans. Une centaine d'hôpitaux ont été fermés par la gauche entre 2012 et 2017. 

Et pourtant, la France est le pays européen qui dépense le plus pour la santé. C’est le paradoxe. On dépense 200 milliards par an. Ca fait 3000 euros par an et par Français, 7,9% du PIB, un point de plus que la moyenne européenne. Et la moitié de ces sommes vont à l'hôpital. Les budgets des hôpitaux augmentent en moyenne de 2% par an, mais compte tenu du vieillissement de la population, de l'augmentation du prix des traitements, il faudrait 4% pour se maintenir à flot. Donc l'hôpital s’appauvrit constamment tout en coûtant toujours plus cher.

L’autre paradoxe, c’est que malgré, les pénuries, le manque de moyens, les salaires insuffisants, les personnels démotivés, et bien malgré tout cela, les services d’urgences et de réanimations ont incroyablement tenu le choc face à l’épidémie.

Nicolas Poincaré