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Fille d'éleveurs de canards, elle lance un cri de "rage" sur Facebook: "on ne pourra pas survivre longtemps"

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Alexia, fille d'éleveurs de canards dans les Landes, a publié une vidéo sur son profil Facebook dans laquelle elle interpelle le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll. Si reprendre l'exploitation familiale lui semblait autrefois une évidence, la jeune femme de 25 ans, se demande, comment s'investir dans un métier qui n'est plus viable.

Alexia, 25 ans, est la fille d'éleveurs de canards dans les Landes:

"J'avais la rage, j'étais désemparée alors j'ai fait cette vidéo. C'est une façon de lancer une bouteille à la mer, je ne sais pas si ça arrivera. On a déjà appelé, fait des courriers, manifesté. Comme on n'obtient rien je me suis dit que la vidéo permettrait d'avoir des réponses.

Je ne travaille pas encore avec mes parents. La question de la reprise de leur exploitation avec mon frère se pose. Avant, c'était une évidence, aujourd'hui pas du tout. Ce n'est plus viable. Mes parents s'y sont faits, ils comprennent. Mais ça a été un choc pour eux de savoir que ça ne serait pas automatique. Ça fait 4 générations que l'exploitation est dans la famille. Il y a seulement mon frère et moi, et nous avons chacun un CDI à l'extérieur. Mais faire des centaines de milliers d'investissements, pour ne pas être sûr de s'en sortir, niveau cadre de vie, il y a mieux.

On a pris des canards en janvier qu'on a nourris, ce qui représente des frais d'électricité, de gaz de matériel: il y a le prix des canards, le fait qu'on ait pas pu les vendre. Et ils vont nous imposer un vide sanitaire dont on ne connait pas encore la durée. L'an dernier, il y avait eu deux mois de vide sanitaire et une mise aux normes à faire. Mes parents n'ont pu reprendre leur activité qu'en janvier 2017. Et juste après, d'autres normes sortent du chapeau.

On ne peut pas tout le temps investir sans un chiffre d'affaires qui rentre derrière. Pour l'instant, mes parents ont droit à 70% d'indemnités pour 2016 mais ça n'a pas encore été réglé. Là, on nous annonce des indemnités pour 2017, mais on serait déjà heureux d'avoir celles de 2016. On a du mal à y croire encore.

Le problème c'est que deux ans de suite comme ça, on ne pourra pas survivre longtemps. Mes parents cultivent aussi du maïs, donc ils survivent grâce à ça. On peut avoir une mauvaise année, mais deux années blanches de suite, il n'y en aura pas trois.

"Mes parents sont désespérés"

Mes parents sont désespérés comme la plupart des agriculteurs parce qu'on leur met la pression. Aujourd'hui, les agriculteurs se suicident, ils sont tellement au plus bas qu'ils n'ont pas assez d'énergie pour se révolter.

On réclame seulement le droit de travailler, aujourd'hui on nous en empêche à cause du principe de précaution. Tous nos canards étaient sains, dans le village aussi et dans les 10 km autour, il n'y avait aucun cas de grippe aviaire non plus. A un moment donné, le principe de précaution ne va pas juste tuer les canards.

Ce matin, ils ont décidé d'abattre tous les canards dans le département des Landes. C'est une décision qu'ils auraient pu prendre plus rapidement, on aurait eu plus vite le vide sanitaire et plus vite la phase de reprise. Là, ça traîne depuis fin novembre".

Propos recueillis par Paulina Benavente