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Greffe: un patient change de visage pour la deuxième fois

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Pour la première fois, un patient qui avait été greffé il y a quelques années du visage, vient d'être regreffé en début de semaine à l'hôpital Pompidou à Paris.

C'est la première fois au monde que des médecins pratiquent une deuxième greffe totale de visage, sur un même patient. Sur le point de rejeter sa première greffe, la question était pour lui vitale puisque des parties du greffon étaient en train de se nécroser.

"C’est un garçon extrêmement courageux"

L'opération qui s'est déroulée comme prévue, en début de semaine à l'hôpital Pompidou à Paris, est un exploit médical. Elle a débuté lundi après-midi pour se terminer mardi en début de matinée et a été menée par une équipe dirigée par le professeur Laurent Lantieri, chirurgien plasticien à l'hôpital Pompidou et spécialiste de ce type d'intervention.

"C’est une intervention qui est extrêmement longue. Elle dure 15 heures. On a une phase critique qui est maintenant, et qui va durer deux à trois semaines. Au fur et à mesure que le temps passe, on pourra dire que l’on est de plus en plus à l’abris de problèmes et que la chirurgie a fonctionné. Le fait de pouvoir ou non faire une retransplantation, était une véritable question au départ. Oui, on a pu le faire, techniquement c’est faisable. Ce que je peux dire c’est que c’est un garçon extrêmement courageux, vraiment remarquable. Je tire mon chapeau à ce garçon et à toutes les épreuves qu’il passe. Il est toujours possible qu’il fasse un rejet chronique, ce que l’on ne souhaite pas bien évidemment."

6 mois avant de pouvoir à nouveau sourire

Les médecins sont donc en train de lui faire suivre un protocole afin d'éviter tout échec pour cette retransplantation. Seulement, les greffes de visage ou de mains, sont parmi les plus risquées car la peau suscite plus de rejets que les reins ou le foie par exemple. Néanmoins, plus les semaines passeront, plus le patient aura de chance de voir l'opération réussir. Il devra attendre par ailleurs 6 mois avant de pouvoir à nouveau sourire.

Olivier Bastien est professeur de médecine spécialiste des greffes et des dons à l'agence de biomédecine. Il explique pourquoi les greffes de visages sont plus risquées que d'autres.

"Tous les organes contenant de la peau et de la peau profonde, ont une facilité à développer des rejets plus importante. Ce n’est pas lié au nombre de vaisseaux ni à la complexité fonctionnelle. Là on est dans un phénomène qui est lié à la peau elle-même. C’est la fonction barrière si vous voulez de la peau qui sert à protéger et qui entraîne, par ce mécanisme de barrière, le fait qu’elle a tendance à être plus réactive, à plus rejeter tout ce qui pourrait être dangereux pour l’organisme. Donc, il y a un risque de récidive de ce rejet, important. Il faut donc attendre plusieurs semaines avant de voir réellement la réussite ou pas de cette greffe."

La première greffe partielle du visage au monde remonte à 2005. Depuis, moins de 40 greffes de ce type ont été pratiquées. La première greffe totale de visage a été réalisée par le professeur Lantieri en 2011.

Claire Checcaglini (avec C.P.)