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Grève des urgences: "Tous les jours on a peur de passer à côté de quelque chose"

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Le décès d’une femme de 73 ans mardi aux urgences de l'hôpital de Reims après plus de 2 heures d'attente sans avoir été vue par un médecin, relance le débat du manque de moyens des hôpitaux français.

L'état des services d'urgences des hôpitaux français est une nouvelle fois en question. A Lyon, 3 services d'urgences de 3 hôpitaux différents sont en grève, certains depuis le début de l'année, pour dénoncer le manque de moyens et d'effectifs.

Ghislaine est une infirmière des urgences en grève. C'est écrit en noir sur sa blouse: "En grève depuis près de 2 mois à l'hôpital Lyon-Sud".

"On ne demande même pas de l’argent. On demande des moyens. On demande de pouvoir bien prendre en charge nos patients. Le problème, c’est que l’hôpital est malade. Quand vous êtes à la régulation et que vous accueillez deux ambulances, trois pompiers avec des cas variés, l’infirmière n’a pas le choix de prioriser. Notre souci actuellement, c’est que tous les jours on a peur de passer à côté de quelque chose".

"S’il avait attendu que j’arrive jusqu'à lui, il serait mort dans la salle d’attente"

Son service voit passer en moyenne 110 patients par jour, pour une vingtaine de lits. Elle dénonce un système de soins au bord de la rupture.

"Vendredi dernier, j’étais toute seule à la régulation. Je suis arrivée avec 40 patients dans le service, dont 27 non pris en charge et j’avais 6 personnes dans la salle d’attente qui n’avaient pas de brancard alors qu’il aurait fallu que je les allonge. Je ne peux pas. J’ai des cardiaques, certains avec des insuffisances pulmonaires etc. Dans ces 6 personnes, j’ai fait un électrocardiogramme qui a sauvé la vie de ce patient. C’est ce que j’ai dit à la famille, s’il avait attendu que j’arrive jusqu'à lui, il serait mort dans la salle d’attente comme la dame de Reims et ça, ça fait peur".

La grève à Lyon-Sud sera suspendue le 19 mars pour 2 mois mais elle continue dans les autres services lyonnais d'urgences.

"Le personnel n’arrive plus à faire son travail comme il le faut"

Pierre-Yves Guillier, du syndicat SUD pour l'hôpital Edouard-Herriot, se met en grève lui aussi pour dénoncer les conditions de travail déplorables.

"On se met en grève parce qu’on n’y arrive plus. Je pense que le personnel soignant encaisse beaucoup mais là, on arrive à un ras-le-bol total. Ce qu’ils revendiquent vraiment, c’est de pouvoir accueillir dignement leurs patients. C’est-à-dire, ne pas faire attendre des heures et des heures sur des brancards, pouvoir être là quand il y a une urgence. On n’est pas à l’abris d’un cas comme celui de Reims parce que le personnel n’arrive plus à faire son travail comme il le faut. C’est une grève pour dénoncer les conditions de travail et non pour demander des avantages".

La femme de 73 ans décédée mardi aux urgences de l'hôpital de Reims sans avoir été vue par un médecin, aurait succombé à une crise cardiaque. Dans un communiqué, le CHU explique qu'à son arrivée les données cliniques de la patiente autorisaient de différer sa prise en charge compte tenu du volume et de l'intensité de l'activité du service.

"Elle n’a pas vu de médecin pendant 2h40"

Marc Mendel, le fils de cette patiente décédée, veut savoir ce qu'il s'est exactement passé. Pourquoi sa mère n’a pas été considérée comme un cas d'urgence? Il envisage de porter plainte.

"Elle n’a pas vu de médecin pendant 2 heures 40. Pendant ces 2 heures 40, rien n'a été entrepris pour tenter de la sauver. C’est inadmissible. Pas un médecin. Elle est restée sur le brancard des urgences. Quand j’ai quitté ma mère à 16h30, je n'aurais jamais pensé qu’elle allait mourir sur le brancard des ambulanciers. J’ai appris comment ça s’était passé grâce aux ambulanciers le mercredi matin. Quand je me suis présenté aux urgences mardi soir à 19h30, on ne m'a rien dit du tout. On m'a dit qu’ils avaient tenté de la réanimer mais pas qu'elle avait été pris en charge à telle heure".
Gwenaël Windrestin (avec C.P.)