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"Il a reçu une volée de coups de pieds, c'était atroce": ce chauffeur de bus constate avec impuissance tensions et violences à cause du masque

TÉMOIGNAGE RMC - Roger, chauffeur de bus en région parisienne, raconte sur RMC l'agression d'un homme de 58 ans qui s'est fait roué de coups car il lui avait reproché de ne pas porter de masque.

Les chauffeurs de bus en première ligne face à l'obligation du port du masque dans les transports. Plusieurs ont déjà été agressés, comme une conductrice menacée de mort à Gaillac, dans le Tarn, pour avoir demandé à un voyageur de mettre un masque, ou Philippe Monguillot, ce chauffeur mortellement frappé le 5 juillet dernier à Bayonne.

Ce jeudi matin nous vous partageons le témoignage de Roger, un chauffeur de bus parisien. Lundi dernier à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), il a été témoin d’un événement qui l’a marqué. Un passager de 58 ans, a été violemment agressé par un homme qui ne portait pas de masque.

"C'était atroce. Ca s'est passé tellement vite, c'est terrible"

Il a pris du repos depuis l’agression et n’arrive toujours pas à réaliser qu'un simple masque puisse engendrer de telles violences. C’était lundi vers 19 heures, son bus était complet quand une personne a demandé à lui parler: 

"Une personne est venue me voir car elle était assise en face d'une personne qui n'avait pas de masque. Elle lui a fait la remontrance, mais la personne n'a pas bougé. Nous, on n'a pas le droit d'intervenir, donc j'appuie sur le bouton qui lance une annonce sonore qui explique que le masque est obligatoire. Et à peine après avoir appuyé sur le bouton, ce monsieur qui était victime de ça a reçu une volée de coup de pieds dans le visage et au niveau du torse… C'était atroce. Ca s'est passé tellement vite, c'est terrible."

Une scène qui l'a affecté personnellement.

"Je n'ai pas pu décrire la personne, mais c'est en rentrant le soir quand je me suis apaisé que toutes les images sont revenues. Sur le coup je ne me suis pas rendu compte que ça m'avait choqué."

La victime de 58 ans était un habitué de la ligne, selon Roger sur RMC. L'homme s'est relevé, choqué. Pourtant, il a refusé de porter plainte et est reparti sans que l’on sache s’il était blessé. "Il était même gêné d'avoir retardé le bus", souligne Roger.

"Les gens sont tellement imprévisibles qu'ils peuvent sortir une arme blanche. Alors on fait juste le nécessaire, on fuit"

Roger suppose que cet homme a peur des représailles. C’est la troisième agression que constate le chauffeur en deux semaines. A chaque fois, à cause du masque.

"Dès que vous rentrez dans la banlieue et que vous traversez certaines villes je peux assurer que les gens ils n'ont pas de masques, ils s'en fichent. Des fois je suis obligé de passer devant des gens et de ne pas ouvrir les portes car je sais très bien qu'ils ne vont pas mettre de masque."

Masque ou pas, le problème c’est que cela devient un prétexte à la violence.

"Depuis le déconfinement les gens ne se supportent plus. On sait que si on va au delà d'appuyer sur le bouton, on sait que les gens sont tellement imprévisibles qu'ils peuvent sortir une arme blanche. Alors on fait juste le nécessaire, on fuit, on continue notre trajet tout en mettant en porte-à-faux les autres personnes qui sont dans le bus."

D’après Roger, l’agresseur a pu fuir le bus avec son enfant, sans être inquiété. 

Maxime Brandstaetter (avec J.A.)