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"Il m'a dit droit dans les yeux, il va s'en sortir": les étranges pratiques de l'anesthésiste soupçonné d'empoisonnements

Le Dr Péchier et ses avocats sont attendus ce mercredi matin à 9 heures devant la chambre de l'Instruction de Besançon qui doit se décider sur son contrôle judiciaire. De nouveaux témoignages dressent un tableau troublant de l'anesthésiste.

Frédéric Péchier, c'est cet anesthésiste de Besançon de 47 ans, mis en examen pour au total 24 empoisonnements, dont 9 mortels. Doit-il rester sous contrôle judiciaire ou doit-il aller en prison comme le réclame le parquet, qui a fait appel d'une première décision de le placer sous contrôle judiciaire le 16 mai dernier? C’est ce que devra trancher la justice ce mercredi.

Des pratiques qui posent question

La personnalité du Dr Péchier se dessine de plus en plus, nos confrères de BFMTV ont pu consulter de nombreux témoignages de ses collègues de la clinique Saint-Vincent, qui dressent un tableau troublant du médecin et de ses pratiques.

Confrères et personnels hospitaliers pointent du doigt par exemple son étrange manie de se servir dans la pharmacie de la clinique, "de toujours farfouiller dans les tiroirs", dit une infirmière. En 2016, il va même chercher du potassium en personne dans le service de cardiologie, tâche habituellement confiée aux infirmières.

En garde à vue, le Dr Péchier avouera avoir sorti de l'hôpital plusieurs fois des produits anesthésiques, ce qui est interdit. En 2017, les enquêteurs ont aussi trouvé dans sa voiture une trousse de premier secours, avec une seringue et du matériel de perfusion en plus. Justification du Docteur Péchier: c'est pour être prêt en cas d’accident de la route.

Enfin, les heures d'arrivées de l'anesthésiste intriguent les enquêteurs: tôt le matin, avant tout le monde, justement le moment où étaient présents les patients les plus visés par les empoisonnements.

"C’est jouer avec la vie des gens et des patients"

Des patients qui attendent beaucoup de cette audience. C'est le cas de Jean-Claude Gandon, 72 ans. Un cas un peu à part des autres: c'est le seul, des 24 cas imputés au Docteur Péchier, à avoir été son patient. Selon les enquêteurs, l'anesthésiste l'aurait volontairement empoisonné pour détourner les soupçons.

Dans le dossier médical de Jean-Claude Gandon, c'est marqué noir sur blanc: son anesthésiste est bien le Docteur Péchier. Début 2017, l'anesthésiste intervient pour ôter une tumeur sur la prostate de ce patient de 72 ans. Survient alors un arrêt cardiaque dû à une surdose de médicaments.

Les enquêteurs ont un doute: il soupçonne le Docteur Péchier d'avoir empoisonné Jean-Claude pour se forger une alibi car les policiers enquêtent ce jour-là dans la clinique.

"Avec le recul aujourd'hui, je me dis que ce n’est pas pensable. Mais là, s’il s’est forgé un alibi et qu’il empoisonne encore un autre patient pour justifier que ce n’est pas lui, c’est quand même grave pour lui. C’est jouer avec la vie des gens et des patients. Je suis complètement effaré si c’est ça".

"Il m’a dit, ne vous faîtes pas de soucis Madame Gandon"

Annie est la femme de Jean-Claude. Elle a croisé le praticien juste avant l'opération. Elle se souvient de son discours: "Il m’a dit, ne vous faîtes pas de soucis Madame Gandon, il ne boit pas, il ne fume pas, il n’a pas de mauvaise graisse. Il m’a dit droit dans les yeux, il va s’en sortir. Pas gêné rien du tout, il était sûr de lui".

Jean-Claude Gandon lui va revoir ce mercredi pour la première fois depuis son opération le Docteur Péchier: il a prévu de se rendre au tribunal pour assister à l'audience ce matin.

Gwenaël Windrestin et Gwladys Laffitte (avec Caroline Petit)