RMC

Soupçons d'empoisonnements à Besançon: "Il a clairement voulu tuer sa consoeur" dénonce l'avocat d'une anesthésiste sur RMC

Déjà mis en cause dans près d'une vingtaine d'incidents, dont certains ont provoqué la mort de patients, le docteur Péchier est soupçonné d'avoir voulu empoisonner une consoeur de la clinique Saint-Vincent.

A-t-il voulu empoisonner une collègue? Le docteur Frédéric Péchier, anesthésiste à Besançon, mis en examen pour un total de 24 empoisonnements présumés sur des personnes vulnérables, dont neuf mortels entre 2008 et fin 2016, est au coeur d'une enquête complexe.

L'homme de 47 ans est accusé pendant cette période d'avoir pratiqué volontairement des surdoses d'anesthésiants qui ont provoqué des arrêts cardiaques lors d’interventions chirurgicales sur des patients âgés de 4 à 80 ans. S'il n'a jamais été pris sur le fait, plusieurs indices "concordants " ont conduit les enquêteurs à le soupçonner : il "apparaît comme le dénominateur commun" de ces empoisonnements selon les procureurs de Besançon.

Parmi les nouveaux éléments apparus dans l'enquête: les enquêteurs le soupçonnent également d'avoir voulu empoisonner une consoeur de la clinique Saint-Vincent. En avril 2016, Catherine Nambot, anesthésiste elle aussi et qui cotoîe depuis plus de 10 ans le Dr Péchier, doit se faire opérer d'une banale prothèse de l'épaule.

Changement de planning de dernière minute

Sur le planning des anesthésies de la journée, Catherine Nambot est en deuxième position. Mais au dernier moment, l'ordre de passage est modifié. Catherine Nambot prend finalement la première place sur le planning des anesthésies du matin. Pour elle, tout se passe normalement. Mais pas pour la patiente qui a pris sa place.

La poche d'anesthésique qui lui est administré est surdosée: la patiente décède d'un arrêt cardiaque. Pour les enquêteurs, cela ne fait aucun doute. C'est bien Catherine Nambot qui était visée.

Alain Dreyfuss-Schmidt, avocat de Catherine Nambot, était l'invité de RMC, vendredi. Répondant aux questions de Jean-Jacques Bourdin, ce dernier a estimé que l'anesthésiste a alors "clairement voulu tuer" sa consoeur:

"On peut donc penser que Catherine Nambot était ciblée pour être empoissonnée. Il a clairement voulu la tuer. Il y a énormément de coïncidences, c'est sa défense. On sait que la justice n'aime pas beaucoup les coïncidences. Il y a un tel faisceau d'indices contre lui qui tend à conduire une culpabilité" a-t-il précisé.

"Il semblerait que l'anesthésiste se vengeait de ses confrères sur leurs patients"

Selon le procureur de Besançon, le Dr Péchier aurait toujours agi dans un contexte de conflit aigu avec ses collègues. Quelques semaines avant cette opération, Catherine Nambot et le Dr Péchier s'étaient justement disputés.

Quelques instants plus tard, Alain Dreyfuss-Schmidt est revenu sur l'une des thèses des enquêteurs pour expliquer les gestes malveillants supposés:

"Il est reconnu par ses collèges, avec un égocentrisme exacerbé et un symptôme de pompier pyromane. Mais une autre thèse existe: il semblerait que l'anesthésiste se vengeait de ses confrères sur leurs patients. Il n'y a aucune victime parmi les siens" précise-t-il sur RMC. "Mais là aussi, c'était pour montrer qu'il était le meilleur".

De son côté, le Dr Péchier clame son innocence. Il a été laissé libre sous contrôle judiciaire avec interdiction d'exercer et de se rendre à Besançon ou dans la commune voisine où il réside. Le parquet de Besançon, qui avait requis son placement en détention provisoire, a fait appel de son maintien sous contrôle judiciaire. La chambre de l'instruction doit examiner prochainement cet appel.

Marie Régnier et Xavier Allain