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"Ils manquent de tout ce qui pourrait les protéger du coronavirus": situation tendue dans les prisons italiennes où plusieurs détenus sont morts lors de mutineries

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Les détenus protestent contre la décision de limiter les visites à une personne et la suspension des sorties alors que la péninsule italienne est touchée de plein fouet par le coronavirus.

L'Italie risque une rébellion généralisée dans ses prisons, selon des militants des droits de l'homme. Depuis dimanche, une dizaine d'établissements pénitentiaires du pays ont subi des mutineries de détenus, accompagnées de manifestations, hors des murs, des familles de prisonniers. Au moins 3 d'entre eux seraient morts selon Antigone, un groupe de défense des droits des prisonniers. De son côté, La Repubblica, l'un des principaux quotidiens transalpins, parle de 6 morts, citant des sources policières. C'est la décision de limiter les visites à une personne par détenu pour cause de coronavirus et de suspendre les permissions de sortie qui a mis le feu au poudre.

À la prison San Vittore de Milan, ils sont une dizaine de prisonniers sur le toit, venus suspendre une banderole qui réclame la grâce de tous les détenus. Milan, Rome, Foggia, Modène, au moins 10 établissements carcéraux ont vécu des mutineries, depuis dimanche. Avocat à Rome, Francesco Tagliaferri n’est pas surpris : "Il a été décidé de réduire les visites à une personne par détenu, pour des raisons évidentes de lutte contre les risques de contagion. À Rome, la prison Regina Coeli compte plusieurs milliers de détenus. C’est très difficile d’informer tout le monde", explique-t-il au micro de RMC.

Surpopulation

La révolte se fait à l’intérieur mais aussi à l’extérieur des établissements pénitentiaires. Inquiètes, les familles des détenus veulent des nouvelles de leurs proches. Plantée devant le centre pénitencier de Rebibbia, Roberta dénonce les conditions carcérales: "Ici, le risque de contagion est de 1000%. Le mètre de distance dont on nous rebat les oreilles à la télé n’est pas du tout respecté. Il y a 6 détenus par cellule alors qu’ils devraient être 3. Il n’y a pas d’hygiène basique et ils manquent de tout ce qui pourrait les protéger du coronavirus"

Devant le risque d’embrasement de tous les pénitenciers du pays, les autorités sanitaires ont annoncé l'envoi de 100.000 masques dès ce mardi. Environ 61.000 personnes sont incarcérées en Italie pour 51.000 places de prison disponibles.

Olivier Chantereau (avec Guillaume Dussourt)