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Ils ne se rendent pas compte!: la grosse colère de Philippe Etchebest contre le gouvernement et ses effets d'annonce

Invité des Grandes Gueules ce vendredi sur RMC, l'emblématique chef Philippe Etchebest s'indigne qu'on "laisse crever" le monde de la restauration.

"La situation, elle est explosive. Avec les remontées du terrain que j'ai aujourd'hui, les gens n'en peuvent plus, ils sont en train de craquer." Les mots sont crus et la colère est noire. Philippe Etchebest s'est fait le garant du monde de la restauration et des centaines de milliers de TPE et PME que ça représente à travers le pays ce vendredi dans Les Grandes Gueules sur RMC.

Il dénonce les "effets d'annonce" du gouvernement concernant les aides au secteur et n'est pas surpris que la restauration ne soit pas parmi les premiers concernés par éventuel déconfinement à partir de début décembre comme l'a annoncé Jean Castex jeudi.

"Je n'ai pas été surpris du tout parce que la courbe est en train de monter donc on n'espérait pas être ouverts. Les commerçants ont réussi à se faire entendre et espèrent être ouverts le 1er décembre et tant mieux pour eux je suis vraiment satisfait. Pour nous en revanche il y a très peu de chances.
Le scénario est le suivant: il va y avoir un confinement dur jusqu'au 15 décembre, puis un allégement pour les fêtes. Les restaurants il y a peu de chances qu'on soit ouverts. Et après la courbe va repartir donc il y aura un reconfinement plus dur. C'est les montagnes russes. Donc pour nous l'avenir est très sombre."

"On dit qu'on envoie des milliards mais ce n'est pas vrai, il y a des effets d'annonce."

"Le gouvernement a fait le choix de la santé. Très bien. On peut l'accepter, mais alors il faut qu'ils nous aident ! Il y a des effets d'annonce. On dit qu'on envoie des milliards mais il y a des effets d'annonce. Ce n'est pas vrai. Une grosse partie de ce qui est donné c'est le chômage partiel, il est dédié à nos employés, et tant mieux. Mais il y a le reste à charge des salaires imputés sur les entreprises et les frais fixes à payer, les congés... Et il faut savoir qu'il y a des seuils d'éligibilités donc énormément d'entreprises n'ont droit à aucune aide.
Je peux vous parler de mon cas: j'ai zéro aide car j'ai 55 employés et la limite est de 50 employés. Donc je ne suis pas éligible, j'ai zéro aide et 70.000 euros de frais fixes tous les mois. Je parle de mon cas mais je ne suis pas le seul."

"Ils nous disent: 'Mais non. On vous aide'. Mais ils ne se rendent pas compte !"

Le très médiatique chef a tenté d'utiliser sa notoriété pour faire passer des messages au gouvernement, mais visiblement ça ne suffit pas.

"Ils nous disent: 'Mais non. On vous aide'. Mais ils ne se rendent pas compte ! Je vous promets ! 'On vous a donné 18 milliards', ils nous disent. Mais non ! Vous nous avez pas donné 18 milliards, il y a 14 milliards partis en chômage partiel et 4 milliards distribués dans les centres de vacances, les parcs d'attraction. Et nous on est englobés dans cette manne-là. On n'a que des miettes. Il faut arrêter de croire que nous sommes aidés à hauteur de ce que nous devons débourser à chaque fin de mois. 
On a tout fait pour rouvrir dans de bonnes conditions avec des protocoles rajoutés à chaque fois qui ont coûté de l'argent. Quand on a tout fait pour les protocoles, à la fin on nous dit : 'On vous ferme'."

"Ce sont des familles entières qui sont en danger"

Les perspectives d'avenir sont très sombres pour le secteur, et le chef Etchebest ne crois pas du tout à une réouverture prochaine des établissements. 

"Je peux vous dire qu'à Noël on ne sera pas concernés, bien sûr que non. A force, on commence à avoir l'habitude. (...) De toutes façons il y a plein qui vont fermer là, il y en a plein qui vont crever. Je peux vous dire que la situation elle est explosive, avec les remontées du terrain que j'ai aujourd'hui, les gens n'en peuvent plus ils sont en train de craquer. Ce sont des familles entières qui sont en danger. Nous sommes les représentants de TPE, de PME. Souvent, les effets d'annonces pour les aides elles sont dirigées vers les grandes entreprises. Mais nous notre secteur c'est deux millions d'emplois, 220.000 entreprises. C'est colossal."

"On paie nos impôts, nos charges, nos taxes... On contribue grandement au système économique et social de la France. Et on nous laisse crever ? Non, ce n'est pas normal"

"La santé est importante, on n'est pas inconscients à ce point-là. je ne comprends que le gouvernement ne trouve pas l'équilibre entre l'économie et la santé. Ils ont choisi la santé. Très bien. Maintenant faut qu'ils aident les petites entreprises à survivre. Nous on est tout petits. On ne peut pas comme certaines grandes entreprises se délocaliser. Nous on reste en France. On paie nos impôts, nos charges, nos taxes, notre TVA, notre URSAF. On fait partie du système économique et social de la France. On y contribue grandement, et on nous laisse crever ? Non, ce n'est pas normal."
J.A.