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"Ils nous demandent s'ils vont se réveiller mais on n'a pas de réponse": le témoignage bouleversant de Maria, infirmière aux urgences de l'hôpital de Mulhouse

C’est un témoignage bouleversant. Celui d’une infirmière aux urgences de l’hôpital de Mulhouse. On l’appellera Maria, elle a préféré rester anonyme. Elle nous décrit sans détour, ce qu’elle et ces collègues infirmiers, aides soignants, médecins, vivent depuis un mois.

L’hôpital de Mulhouse est débordé, saturé de patients atteints du coronavirus. Ils sont au moins 400 à être pris en charge et les décès sont nombreux. L’ensemble du personnel soignant est mobilisé pour faire face à cette pandémie mais le personnel est épuisé.

Maria nous raconte comment elle affronte ce quotidien insoutenable: "Ca va faire un mois qu’on est confrontés à des personnes suspectées de Covid. Ce sont des personnes qui arrivent massivement chez nous et qui demandent de l’aide mais nous sommes saturés. C’est difficile. Certains nous posent la question s’ils vont s’en sortir ou s’ils vont mourir. C’est difficile d’emmagasiner toute cette charge émotionnelle. Vous voyez la peur dans leurs yeux, mais ils voient la peur aussi dans les nôtres".

"On a peur pour nous, pour nos familles et pour tous ces gens"

Et de poursuivre: "Certains, avant d’être intubés, on leur pose la question: ‘Vous savez ce qu’il va vous arriver?’, ils nous disent non. Donc on leur explique qu’on va les endormir. Un patient dernièrement m’a dit que ça tombait bien parce que ça faisait 3 jours qu’il n’avait pas dormi. Sauf que c’est un coma. Et là, ils prennent conscience et nous demandent s’ils vont se réveiller. Sauf qu’on n’a pas de réponse. On a peur pour nous, pour nos familles et pour tous ces gens là puisque tout le monde ne s’en sortira pas. C’est horrible. Lorsqu’on est au travail, avec l’adrénaline et le fait qu’on ait envie d’aider ces gens là, je crois qu’on met beaucoup de choses de côté. On prend sur nous même si on y pense tout le temps".

Un quotidien très difficile, qui laissera des traces chez le personnel soignant: "Des nuits sont plus difficiles que d’autres. Craquer? Je pense qu’on a tous craqué à un moment ou à un autre. On craque tous et on craquera tous encore. Honnêtement, ce qu’on vit au quotidien, on ne le souhaite à personne. Il y aura des séquelles. Après le passage de cette crise, il y aura nécessité d’en parler et de prendre soin de nous cette fois-ci".

Caroline Philippe et Marie Monier (avec C.P.)