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Interdiction de certaines marques de cigarettes: "ça va avoir un impact à peu près nul sur la consommation"

Le prix du tabac à rouler devrait augmenter d'1,50 euros.

Le prix du tabac à rouler devrait augmenter d'1,50 euros. - AFP

La ministre de la Santé Marisol Touraine a annoncé ce mardi l’interdiction imminente de plusieurs marques de cigarettes, dont Vogue, Fine, Allure, Corset et Café crème. Précisant notamment que le prix du tabac à rouler allait augmenter. Des mesures inutiles pour Jean-Daniel Russier, buraliste à Tourcoing, dans le Nord.

Jean-Daniel Russier, buraliste à Tourcoing, membre de la confédération des buralistes.

"Avant, les cigarettes 'Marlboro Gold' s’appelaient s’appelait 'Marlboro Light' mais il y a quelques années, un ministre a dit ‘on a plus le droit de dire light parce que ça voudrait faire croire que c’est léger alors qu’elles sont nocives’. Aujourd’hui, mes clients me demandent toujours des 'Marlboro Light'. 

Le président de la marque 'Café Crème' m’a dit ‘nous ce n’est pas difficile, au lieu de les appeler 'Café Crème' on va mettre 'CC' et comme ça les clients continueront à en acheter’. A l'instar de Vogue, une marque assez féminine. Si demain sur le paquet il est inscrit ‘V.’, ça va avoir un impact à peu près nul sur la consommation, c’est quasiment certain.

"Des socialistes qui bastonnent les plus pauvres"

Madame Touraine essaie fébrilement dans les dernières semaines de sa présence au ministère de faire encore deux-trois petites mesurettes pour faire parler d’elle. Mais ça aura un impact nul, comme pour le paquet neutre. En janvier, si je compare mes chiffres de ventes de tabac par rapport à l’année dernière, il n’y a aucune répercussion.

Ce qui est très étonnant en revanche, c’est que lorsque l’on tape sur le tabac à rouler, comme le fait la ministre, on tape sur les clients les plus pauvres. Les gens qui ont de l’argent achètent des cigarettes toutes faites, des paquets et non pas du tabac à rouler. On a un gouvernement socialiste qui bastonne les plus pauvres, c’est encore une fois assez étrange. Il vise les gens qui ont un budget mensuel de 800 euros. Ceux qui vivent dans le 16e arrondissement de Paris n’en ont rien à faire du tabac à rouler. 

Un bus pour un paquet à moitié prix

Toutes les actions qui ont tendance à dégrader l’activité des buralistes dans les régions frontalières françaises poussent mes clients vers la Belgique. Mon bureau de tabac est à trois kilomètres et demi de la frontière. Avec l’augmentation du prix du tabac à rouler, mes clients vont préférer l’étranger car c’est deux fois moins cher. Il suffit de prendre un bus. Ce n'est pas loin.

Dans Tourcoing, il y a à peu près 25 bureaux de tabac. Beaucoup moins que dans une rue située juste à côté. A chaque fois qu'il y a des mesures comme celles-ci, ça engendre l'ouverture de supermarchés en Belgique où vous arrivez avec votre caddie pour acheter des paquets à vos amis, votre famille… 

Le meilleur moyen pour lutter contre cela est qu’il n’y ait pas une trop grosse différence de prix d’un pays à l’autre mais plutôt une harmonisation européenne, ce qui est demandé par les politiques. Or, rien n’est fait." 

Propos recueillis par Julie Breon