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Irène Frachon: "Le Mediator? Servier savait très bien que c’était extrêmement toxique"

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Elle est celle qui a révélé l’affaire du Mediator en 2010. Irène Frachon était l’invitée de RMC ce lundi alors que s’ouvre ce s'ouvre au même moment le procès de ce médicament qui a fait 5.000 victimes.

Pendant 7 mois, les laboratoires Servier vont devoir répondre des faits de "tromperie aggravée" et de "blessures et homicides involontaires" dont ils sont accusés. En 1976, Servier met sur le marché un médicament du nom du Mediator avant de le retirer en 2009, frappé par un scandale dont il aurait fait près de 5000 victimes.

"Il y a eu 5 millions de consommateurs. C’est 33 ans de drame avec l’accord des autorités de Santé et le remboursement de la sécurité sociale", explique Irène Frachon, médecin pneumologue qui a révélé les conséquences dramatiques de la prise de ce médicament.

"Un poison mortel"

"Le médiator était maquillé en antidiabétique. C’était un coupe-faim dérivé d’une amphétamine extrêmement toxique. Et Servier savait très bien que c’était extrêmement toxique car d’autres produits, dérivés de ces mêmes amphétamines, ont été interdits en 1997. Pour le Mediator, il a retiré toute allusion à ces amphétamines pour que personne - pensait-il - ne se rendent compte qu’il s’agissait du même produit, qui est un poison mortel".

"Certains sont morts avant de toucher les indémnisations"

Après 2009 et la connaissance des premières victimes, les laboratoires Servier ont indemnisé pour près de 115 millions d’euros, plus de 3500 victimes. "C’est peu. Si vous regardez victime par victime, c’est très peu par rapport aux ravages".

"Certaines "petites" victimes qui n’ont pas eu d’opérations à cœur ouvert mais qui ont des dégâts cardiaques irréversibles, essoufflées toute la journée, n’ont touché que quelques milliers d’euros alors que leur vie est sérieusement handicapée! Et ceux pour lesquels la vie est foutue, certains sont morts avant d’être indemnisés et certains survivent avec cet argent mais ça, ça n’est pas la justice".

"Servier n'avait pas le choix"

Irène Frachon ajoute que les laboratoires "ont commencé à indemniser car ils n’avaient pas le choix. Ce processus d’indemnisation est géré par l’Office National des Indemnisations des Accidents Médicaux (ONIAM) qui rend des expertises.

"Si Servier ne paye pas, c’est l’ONIAM qui paye en substitution et qui se retourne ensuite contre Servier en justice pour récupérer ensuite 30% de pénalités. Donc le simple calcul fait que Servier a tout intérêt à payer pour ne pas avoir à payer ces 30% de pénalité".

Les laboratoires demandent d’ailleurs qu’une partie de ces indemnisations soient remboursées par l’État. En 2016, ce dernier avait été considéré comme en partie responsable de ce scandale par le Conseil d’État.

Maxime Trouleau