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Jacqueline Jencquel, militante pour le droit de mourir dans la dignité, s’est suicidée

Dans "Apolline Matin" ce mardi sur RMC et RMC Story, Nicolas Poincaré est revenu sur le combat de Jacqueline Jencquel, militante pour le droit au suicide assisté, qui s’est donné la mort à Paris.

Jacqueline Jencquel, militante pour le droit de mourir dans la dignité, vient de se donner la mort, comme elle l’avait annoncé. Il y a quatre ans, elle avait interpellé l’opinion en annonçant son intention de recourir au suicide assisté en Suisse, alors qu’elle ne souffrait d’aucune maladie grave. Et finalement, elle l’a fait, il y a quelques jours, non pas en Suisse, mais seule chez elle dans son très chic appartement parisien.

Jacqueline Jencquel avait 78 ans. Elle était née en Chine en 1943, de deux parents russes, juifs mais athées. Elle a ensuite fait des études à la Sorbonne, est devenue prof d’anglais, s’est mariée à un Allemand, est partie vivre au Venezuela. Elle parlait sept langues, disait qu’elle avait eu une belle vie. Elle avait trois garçons et quatre petits-enfants.

Avant de mourir, elle a laissé un message d’adieu, publié sur son blog hébergé par le journal suisse Le Temps, qui s'appelait : "La vieillesse est une maladie incurable". Elle écrit: "J’ai vécu la vie que je voulais vivre, la dépendance et la décrépitude me font plus peur que la mort. Je ne veux pas devenir vieille, c’est mon choix, mon droit aussi".

La "peur" au moment de "passer à l’acte"

Elle explique que finalement, elle n’a pas besoin de s’exiler en Suisse pour mourir, où elle avait accompagné de nombreux Français, puisque c’était une militante du suicide assisté. Elle n’a pas eu besoin d’y aller, grâce, dit-elle, à un bon produit, un barbiturique, le pentobarbital, interdit aux humains mais autorisé pour les chiens.

Elle explique qu’elle s’est battue dans sa vie pour l’interruption volontaire de grossesse et qu’elle revendique aujourd'hui l'interruption volontaire de vieillesse. Elle en veut aux législateurs français, qui n’ont jamais voulu autoriser cette pratique. "A cause de la loi française, écrit Jacqueline Jencquel, "je suis obligée de mourir seule, en regardant les photos de mes enfants. Parce que si j’avais réuni des proches pour m’accompagner, ils pourraient être poursuivis pour non-assistance à personne en danger."

C’est un beau texte que ce message d’adieu de Jacqueline Jencquel. Avec tout de même un aveu qui vient un peu nuancer ses certitudes. Elle écrit: "Au moment de passer à l’acte, j’ai peur".

Nicolas Poincaré