RMC

"Je suis une bombe à retardement": incivilité, règles sanitaires difficiles à appliquer… les employés de supermarchés en première ligne

Le gouvernement appelle les salariés de la distribution alimentaire à se rendre "sur leurs lieux de travail" en prenant leurs précautions, pour garantir la "sécurité économique du pays" en pleine alerte sanitaire face à la menace du coronavirus.

Caissières, caissiers, magasiniers... toutes les équipes des supermarchés se relaient pour vous assurer de faire vos courses dans les meilleures conditions.

Ils sont devenus l'un des métiers essentiels au bon fonctionnement du pays. Et dans cette crise inédite, elles, ils sont en première ligne, exposés à de centaines de personnes quotidiennement. Pas de télétravail possible.

"Si ça se trouve, j'ai quelqu'un autour de moi qui est porteur"

Foule, comportements irrespectueux, gestes barrières non respectés... plusieurs enseignes se sont organisées pour protéger un maximum leurs salariés. Mais les employés de la distribution alimentaire s'inquiètent de leurs conditions de travail. La peur, c'est le quotidien en ce moment de Marion, employée dans un supermarché d'Ile-de-France.

Chaque matin, à l'aube, Marion installe la marchandise dans son rayon. Malgré ses doutes et ses inquiétudes face à la propagation du coronavirus: "Je suis une bombe à retardement".

Elle qui croise des centaines de clients quotidiennement: "Qui va s'occuper de ma santé, de celle de ma famille? Si ça se trouve, j'ai quelqu'un autour de moi qui est porteur. Je ne le sais pas parce que c'est invisible. Ou c’est moi qui leur ramène".

"On vous insulte, vous fait des doigts d’honneur"

Gants, barrières de Plexiglass, distance de sécurité... la direction a adapté les règles de sécurité sanitaire mais certaines sont impossibles à appliquer en réalité: "On manque de caissière. Elles nettoient leur caisse à leur départ, à leur arrivée mais entre temps, à chaque client, elles n’ont pas le temps de la nettoyer".

Marion dénonce en plus le manque de civisme de certains clients. Exemple, en début de semaine: "Le client s'est mouché il a jeté son Kleenex devant de moi. Mais par contre, il est protégé par un masque, heureusement. On demande de respecter la barrière de sécurité d’un mètre, on vous insulte, vous fait des doigts d’honneur. Ils viennent faire leurs courses mais si on n’était pas là, les portes seraient fermées".

Ce jeudi, nous dit-elle, trois vieilles dames lui ont sourit, l'on remercié pour son travail. C'est ce qui la fait tenir.

Benoit Ballet et Marie Monier (avec C.P.)