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Journée mondiale du vegan: "On ne mange pas que des légumes!"

Il se développe mais reste toujours autant décrié, et surtout incompris. Le véganisme, qui consiste à exclure de son alimentation et de son mode de vie tout produit d'origine animale, vise à lutter contre l'exploitation des animaux sous toutes ses formes. À l'occasion de la journée mondiale du vegan, Audrey Jougla, adepte depuis un an, explique son choix et les critiques persistantes auxquelles elle est quotidiennement confrontée.

Audrey Jougla est professeur de philosophie, et auteur du livre "Profession: animal de laboratoire", paru en septembre 2015 aux éditions Autrement.

"Végétarienne depuis l’âge de neuf ans, je me suis mise à militer activement pour la cause animale vers 26 ans. J'ai rapidement pris conscience qu'il n'existait pas en France d'étude approfondie sur l'exploitation des animaux, d'où mon enquête réalisée en caméra cachée dans les laboratoires publics et privés français afin de mettre en lumière la réalité de l’expérimentation animale dans notre pays.

Je suis devenu entièrement vegan il y a un an, parce que je ne souhaitais plus cautionner et financer ce système d'industrialisation et de souffrance animale que je dénonçais. J'ai donc éliminé tous les produits d'origine animale (la chair ainsi que les dérivés comme le beurre et le lait) de mon alimentation. Mais le véganisme ne se limite pas à la nourriture: il consiste en effet à exclure tous les produits testés sur les animaux (produits cosmétiques, produits d'hygiène), mais aussi tous les vêtements et accessoires en cuir, en laine...

"On doit se justifier en permanence"

Le plus dur n'est pas tellement de changer son mode de vie car il existe énormément de substituts naturels (hormis la vitamine B12 qui doit être compensée par des compléments alimentaires). C'est surtout de devoir se justifier en permanence alors que l'on n'a pas nécessairement envie d'en parler.

Lorsqu'on est à table, on se sent exclu de fait parce qu'on ne peut pas manger comme tout le monde. On est vu comme celui qui rompt la convivialité de ce moment d'échange et de partage. Ce reproche n'est pas toujours explicitement formulé par l'entourage mais il nous met de facto à l'écart des autres. 

Les non-vegans ont souvent l'impression que l'on porte un jugement sur leur alimentation, qu'on les perçoit comme des hypocrites. Rapidement, le sujet devient un débat et on passe de la simple curiosité à une accusation. Personnellement, je ne cherche absolument pas à convaincre mon entourage d'adopter mon mode de vie, je ne suis pas du tout dans le prosélytisme. Mais je me sens constamment contrainte de me justifier. 

Une agressivité réciproque

Il y a aussi parfois un manque de pédagogie dans le discours des vegans qui créé de la confusion et qui donne l'impression qu'ils jugent les autres. Personnellement, je suis en profond désaccord avec l'attitude moralisatrice de certains adeptes du mouvement. La "police vegan", je trouve ça insupportable. Les non-vegans ont parfois l'impression de se sentir agressés, attaqués dans leur mode de vie. Ils ont le sentiment que l'on remet en cause notre culture de la gastronomie et du terroir. Alors que ce n’est pas le propos: nous nous opposons juste aux conditions d’élevage et d’abattage des animaux.

Les principaux reproches auxquels on se retrouve confrontés sont que l'on en fait justement trop avec les animaux, que l'on glisse dans la sensiblerie. Mais aussi que l'homme a toujours été omnivore, que les animaux se mangent bien entre eux. Or nous, on ne remet pas en cause la nature de l'homme, on pointe simplement l'exploitation animale qui s'est développée depuis les années 1950, avec l'essor de l'industrie agroalimentaire.

L'argument de la santé revient également souvent dans les discussions. Il est vrai que nous n'avons pas encore assez de recul sur 20-30 ans pour évaluer l'impact du véganisme sur la santé et l'évolution de l'homme. A cela, je rétorque qu'il ne s'agit pas de supprimer purement et simplement les protéines animales de notre alimentation mais bien de les substituer par des produits d'origine végétale qui apporte les mêmes bienfaits. On ne mange pas que des légumes ! Mais il y a à ce sujet une véritable carence de formation des médecins et des professionnels de la nutrition.

Les alternatives se développent lentement

Les choses commencent toutefois à évoluer. On trouve de plus en plus de substituts et d'alternatives végétales dans la grande distribution. Cela nous facilite les choses et cela permet aux non-vegans qui le souhaitent d'essayer une autre alimentation. Ce qui est important finalement, c’est de remettre en cause la conception classique d'un repas, qui doit, et c'est une spécificité française, se composer nécessairement de viande ou poisson, et de légumes en accompagnement. Le fait de proposer des menus végétariens dans les cantines scolaires constitue déjà un premier pas."

Propos recueillis par Mélanie Rostagnat