RMC

Le ras-le-bol du corps médical après l'agression d'un médecin de SOS Médecins

Un médecin de SOS Médecins a été agressé à Melun. Le cabinet seine-et-marnais restera fermé tout le week-end, ses collègues ayant exercé leur droit de retrait. Ce matin, sur RMC, les professionnels du monde de la santé ont exprimé leur ras-le-bol de ces agressions de plus en plus nombreuses.

Si vous appelez SOS Médecins à Melun, ce dimanche, vous tomberez sur ce message: "En réaction à l'agression physique d'un de nos médecins, l'ensemble des médecins de SOS Médecins a décidé de cesser toute activité jusqu'à nouvel ordre."

En effet, SOS Médecins exerce son droit de retrait et le cabinet restera fermé pendant tout le week-end de la Toussaint, après l'agression d'un praticien. Les médecins refusent de travailler, choqués et outrés par l'agression très violente de leur collègue, qui est aussi le président de l'association locale de SOS Médecins. Ce médecin a été menacé et frappé, jeudi soir, par une jeune femme. Il s'est vu prescrire dix jours d'incapacité totale de travail par l'unité médico-judiciaire locale.

"On lui a dit qu'on ne pouvait pas la prendre tout de suite"

Tout a dégénéré lorsque l'un des docteurs a refusé de prendre en consultation immédiate une jeune femme et son enfant. "La patiente est venue sans rendez-vous. On lui a dit qu'on ne pouvait pas la prendre tout de suite", témoigne le secrétaire général de SOS médecin, Serge Smadja. "Elle s'est approchée du médecin, le ton est monté. Elle a commencé à l'agresser, à le griffer, à le frapper, à donner des coups de poings." Une plainte a été déposée par le praticien. Une enquête est ouverte pour atteinte aux personnes, confiée au commissariat de Melun. La sécurité du cabinet va être renforcée par des patrouilles supplémentaires, mais le cabinet restera fermé jusqu'à lundi matin à 8 heures.

Sauf que le problème est plus profond que cette grave agression, qui n'est pas un acte isolé. "Il y a une recrudescence des agressions contre les médecins ces derniers temps, c'est extrêmement inquiétant" note Serge Smadja. "Une autre médecin, à Tours, a été braquée avec une arme à feu. C'est aussi arrivé à Lyon, à Pau, à Nice…" raconte-t-il.

"Un service d'urgence n'est pas un service express"

"On n'est pas là pour prendre des coups. On est là pour soigner les gens. Les violences sur les médecins sont de plus en plus fréquentes", s'inquiète aussi le président de SOS Médecins, Jean-Claude Masseron, invité de la Matinale week-end de RMC.

"La difficulté d'accès aux soignants créé une anxiété couplée au besoin d'immédiateté de la société en général, l'intolérance à la frustration et cette angoisse de ne pas pouvoir accéder en temps voulu à des soins de qualité catalyse de la violence qu'on doit désamorcer", analyse-t-il.

Pour Jean-Claude Masseron, "il y a une méconnaissance de ce qui se passe dans le monde médical. Un service d'urgence n'est pas un service express: on ne doit pas traiter tout, tout de suite, il y a des priorités et c'est à nous de les fixer. Quand un médecin est en retard, c'est qu'il est en train de soigner quelqu'un d'autre et que ça pourrait être soi-même. Il faut avoir une bienveillance envers le corps médical et le protéger."

"Il m'a frappé", "j'ai eu un comité d'accueil"…

Des témoignages d'une recrudescence de la violence, que certains personnels de santés, ont, ce matin, confirmé sur RMC. Marie est infirmière libérale. Elle témoigne d'une expérience de violence pendant son métier. "Je devais faire une prise de sang à un patient et au final, il m'a frappé, car il ne voulait absolument pas la faire. Sa femme l'a disputé et je l'ai menacé de porter plainte, et il s'est calmé".

"On se rend compte que les gens sont de plus en plus agressifs et exigeants. Ça l'a toujours été mais notamment depuis le Covid. Je songe à arrêter", explique-t-elle.

Emannuelle est aussi infirmière libérale. Elle a appelé RMC pour expliquer comment elle a dû arrêter d'aller chez une patiente après plusieurs incidents avec ses voisins: "J'allais chez une patiente qui habitait dans une voie sans issue. Ses voisins avaient tendance à se garer n'importe où dans ce chemin étroit. Je ne pouvais pas accéder jusqu'à la patiente. Je leur ai demandé de se garer ailleurs pour que je puisse accéder à la patiente tout comme l'ambulance qui devait aller les chercher et qui n'y arrivait pas. Le lendemain matin, j'ai eu un comité d'accueil du mari, qui m'a dit que je n'avais pas à passer là, que je n'avais qu'à prendre ma petite valise qu'à y aller à pieds. Il était très virulent. Et l'après-midi, quand j'y suis retourné, j'ai eu le comité d'accueil de lui et de ses amis, très menaçants. Je ne vais plus chez cette patiente à cause de ces gens."

"Insultes, menaces, violences... j'envisage même d'avoir un taser dans ma voiture", pour "me protéger" explique-t-elle.

Alexandre Distel et Maxime Martinez