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Les Français consomment trop d'antibiotiques: "Des bactéries extrêmement résistantes apparaissent"

iStock - iprogressman

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La surconsommation d'antibiotiques en France devient critique, malgré des années de sensibilisation. Conséquence: la résistance aux bactéries augmente.

Les Français consomment trop d'antibiotiques malgré des années de sensibilisation. La prescription de ces médicaments reste un point noir et risque de rendre certaines bactéries résistantes. La consommation en France est supérieure de près de 50% à la moyenne des pays de l'OCDE. Seule la Grèce consomme davantage d'antibiotiques.

Après des années de campagnes de sensibilisation, la consommation est donc en France repartie à la hausse depuis deux ou trois ans, selon l'OCDE. La France avait mené une vaste campagne d'information dans les années 2000 auprès des professionnels de la santé et du grand public mais les slogans, dont le célèbre "Les antibiotiques c'est pas automatique", ont perdu de leur impact.

"Expliquer la raison pour laquelle on ne prescrit pas d'antibiotique"

En France, on estime que la résistance antibiotique cause 12.500 décès par an, des chiffres "probablement sous-estimés", soulignait un rapport remis mi-septembre au ministère de la Santé.

Pour François Chast, pharmacien des hôpitaux de Paris à l'hôpital Necker à Paris, et président de l'académie honoraire de pharmacie, les médecins doivent prendre leurs responsabilités.

"Il y a probablement une part de facilité. On répond par une ligne d'ordonnances. Bien souvent, les médecins prescrivent un antibiotique parce qu'ils craignent les complications de l'infection virale. Hors, ces complications, elles sont plutôt rares. Nos confrères en Europe du nord expliquent à leurs patients, ça durent un peu plus longtemps que d'écrire une ligne sur l'ordonnance, mais ils expliquent la raison pour laquelle ils ne prescrivent pas d'antibiotique. Et c'est ce temps qui peut être manque au cours de la consultation médicale".

Selon Claude Leicher, médecin généraliste, président du syndicat MG France, il faut faire changer les pratiques des médecins.

"Les médecins sont ceux qui prescrivent. Donc ils ont une responsabilité totale. Il est absolument nécessaire que dès la formation initiale des médecins à l'hôpital et ensuite dans leur pratique quotidienne en cabinet, chaque fois qu'on sort le stylo pour prescrire un antibiotique, on prenne quelques instants pour dire 'est-ce que c'est une prescription qui est nécessaire?'. Mais il faut également que la population dans son ensemble comprenne que parfois on va prendre un risque de voir apparaître une surinfection. Il faut absolument en passer par là: un peu plus de risque, mais un bénéfice collectif dans les années qui viennent. Sinon on va se retrouver dans avec des situations dans lesquelles on n'aura plus aucune possibilité thérapeutique pour certaines infections".

"Un certain nombre de patients ne peuvent plus être traités comme ils doivent l'être"

Pour Antoine Andremont, professeur de médecine à la faculté Paris Diderot, expert sur la résistance des bactéries aux antibiotiques, il est urgent de changer nos pratiques rapidement.

"Cela ne sert à rien de donner un antibiotique quand on a une infection due à un virus. Ça ne fait qu'une chose: augmenter globalement la résistance, parce que les bactéries s'habituent progressivement à vivre au milieu d'antibiotiques. Tant qu'on n'avait pas de problème avec les bactéries résistantes, ce n'était pas très critique de faire ça. Maintenant ça le devient. Et des bactéries extrêmement résistantes apparaissent. Et un certain nombre de patients ne peuvent plus être traités comme ils doivent l'être. Si on veut pouvoir continuer à traiter ces patients avec des antibiotiques efficaces, il faut globalement qu'on réduise notre consommation".

Aurélia Manoli (avec A.M.)