RMC

Les médecins hospitaliers à bout: "La surcharge de travail fait que les gens craquent"

-

- - -

Les médecins urgentistes ont interpellé une nouvelle fois la ministre de la Santé Agnès Buzyn sur la dégradation de leurs conditions de travail.

Le malaise dans les hôpitaux s'accentue. Alors que le Premier Ministre Edouard Philippe annonçait cette semaine le lancement de cinq grands chantiers pour faire face à la crise du système de santé actuel, avec des consultations de mars à mai des "acteurs sur le terrain", les médecins hospitaliers interpellent le gouvernement.

Sans réponse à leur lettre ouverte à la ministre de la Santé Agnès Buzyn en septembre dernier, ils se sont réunis ce samedi au Sénat pour décider de la suite de leur mobilisation. Ils étaient une quarantaine, pour représenter les 1.032 signataires de la lettre.

"Au mieux, je bricole"

Delphine Glachant est psychiatre dans le Val-de-Marne à l'hôpital Les Murets où la direction a supprimé la garde des médecins spécialisés depuis deux ans. Elle se retrouve donc à assurer les urgences de 17h au lendemain matin: "Moi-même, ça fait plus de 20 ans que je n'ai pas fait de médecine. D'ailleurs je n'en ai jamais fait puisque j'étais externe. Au mieux, je bricole, au pire j'appelle le SAMU et je renvoie vers les hôpitaux généraux".

Et cela va parfois jusqu'à mettre en danger la santé des patients. A l'hôpital Saint-Antoine à Paris, par exemple, impossible d'assurer les délais pour les séances de chimiothérapie pour les patients atteints de leucémie: "Comme on n'a pas assez de lits, on prend du retard ce qui est une perte de chance pour la guérison du patient", déplore Marie-Paule Lemonier, hématologue.

Deux médecins en burn-out non remplacés

A l'hôpital de Créteil ce n'est pas mieux. Au service pneumologie où travaille le docteur Florent Vignasse, deux médecins ont fait un burn-out en un an et demi sans être remplacés: "Cette année on n'a pas été en mesure dans notre service de bien prendre en charge l'épidémie de grippe. Les urgences étaient totalement débordées. On essaie de gérer le nombre de lits qu'on pouvait gérer. La surcharge de travail fait que les gens craquent".

Seule solution disent-ils: renoncer aux économies budgétaires. "La situation psychologique des personnels de santé, c'est la colère mais la souffrance. Nous-mêmes on est là pour soulager la souffrance de nos patients et on souffre nous-même. C'est impossible. On ne demande pas la lune, on demande un moratoire on arrête de fermer des lits, on arrête les plans d'économie. On veut être entendus parce qu'on veut avoir les moyens de travailler correctement pour soigner correctement nos patients", réclame Christophe Prudhomme, porte-parole de l'association des médecins urgentistes et de la fédération CGT de la santé.

R.G. (avec P.B.)