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Les médecins intérimaires sont-ils des "mercenaires"?

Tandis que des services manquent de médecins urgentistes, certains praticiens en profitent pour faire gonfler leurs salaires et gagner parfois jusqu'à 3.000 euros la journée. Des "mercenaires" qui profitent d'un système en tension, expliquait Agnès Buzyn.

En plein été et en période de tension, les services d’urgences des zones touristiques manquent de médecins urgentistes par exemple. Mais qu'importe, certains practiciens, intérimaires, profiteraient de la situation pour faire gonfler leur salaire. 

"Tous les jours, on va recevoir 4/5 mails avec 20 à 30 offres d'hôpitaux différents avec des plannings avec des trous (des gardes) à combler" explique, Franck, jeune médecin intérimaire. Il en accepte deux par mois, 24 heures chacune, payées jusqu’à 1.300 euros nets. 

Des gardes payées jusqu’à 1.300 euros nets chacune

"C'est vrai que c'est énormément d'argent. C'est l'hôpital qui a proposé cet argent, ce n'est pas moi qui suis dans l'illégalité. Je ne pense pas que le problème soit le salaire du médecin intérimaires. C'est peut-être, à la limite, les médecins hospitaliers qui ne sont pas assez payés et du coup s'en vont parce que la charge de travail est beaucoup trop lourde pour des salaires, si on les rapporte aux taux horaires, ne sont pas très loin du SMIC" concède t-il.

"Ça tient. Jusqu'à quand? Je ne sais pas"

Variable d’ajustement auparavant, l’intérim est devenu la norme dans certains établissements. A l’hôpital de Troyes, la moitié des 30 médecins urgentistes sont intérimaires explique Antoine Leroy, chef de service: "Nous devons garantir la continuité des soins. Nous avons donc fait appel à des boites d'intérim qui nous fournissent des intérimaires sur lesquels nous avons bien évidemment un droit de regard. Comme tous les plannings des services d'urgence, nous avons des trous que nous comblons au fur et à mesure, parfois, le jour même. Ça tient. Jusqu'à quand? Je ne sais pas". 

Des "mercenaires" qui profitent d'un système en tension, expliquait Agnès Buzyn sur en juillet 2018. Mais la ministre de la Santé a pris un décret fin 2017, appliqué au 1er janvier 2018, plafonnant leur rémunération journalière. Ils sont désormais hors la loi s’ils gagnent plus de 1.000 euros nets par garde. 

Le comportement de certains médecins pointé du doigt

Plafonner leur rémunération n’est pas suffisant pour mettre fin à ce système juge Frédéric Valletoux, président de la Fédération Hospitalière de France: "D'abord, j'aurais voulu qu'on diminue vraiment fortement le plafond des rémunérations. Il faut qu'on fasse des contrôles plus importants. Je voudrais que l'Ordre des médecins réagisse. Je pointe du doigt le comportement de certains médecins. C'est surréaliste". 

L’été dernier, le syndicat des médecins remplaçants avait appelé au boycott de certains hôpitaux car ils appliquaient les plafonds de rémunération. 186 services d'urgence sont en grève, encore aujourd'hui pour dénoncer les conditions de travail et demander des augmentations, d'effectif et de salaires. 

Caroline Philippe avec Julien Vattaire