RMC

"Les personnels sont épuisés": aux urgences de Thionville, 93% des infirmiers en arrêt maladie

Depuis le 31 décembre, 55 infirmiers et aides-soignants qui composent le service des urgences de l'hôpital de Thionville sont en arrêt-maladie. Ils ne supportent plus leurs conditions de travail, selon une syndicaliste, Patricia Schneider.

Situation très délicate aux urgences de l’hôpital de Thionville (Moselle). Depuis le 31 décembre, 55 infirmiers et aides-soignants sur les 59 qui composent le service sont en arrêt-maladie jusqu’au 6 janvier. Ces soignants se disent fatigués, épuisés par les conditions de travail.

“Professionnellement, ils sont complètement épuisés et ils n’arrivent plus à travailler dans les conditions qui sont les leurs. Cela fait plus de deux mois qu’on a alerté sur le manque de personnel, sur les locaux qui ne sont pas adaptés, sur le matériel qui n’est pas là", explique Patricia Schneider, infirmière, représentante du syndicat Sud-Santé ce lundi matin sur RMC.

"On a une patiente de plus de 90 ans qui est restée plus de 14 heures sur un brancard"

"La direction a donné des oreillers et des couvertures pour les patients en disant que ce serait suffisant. Et là avec la triple épidémie de grippe, covid et bronchiolite, les durées (de travail) ont augmenté de façon considérable. On a une patiente de plus de 90 ans qui est restée plus de 14 heures sur un brancard, qui a eu uniquement un repas et un change pendant tout ce temps-là. Le personnel ne peut plus supporter ça. Il n’y a aucune humanité, et ils ne se retrouvent plus professionnellement dans ce qu’ils font”, appuie-t-elle.

Avec tout ce personnel en arrêt-maladie, les urgences sont à l’arrêt. Seules les urgences vitales fonctionnent encore, car le Samu ne fait pas grève. Outre la triple épidémie qui frappe en ce moment le système de santé, la grève des médecins libéraux qui a débuté le 26 décembre a également eu un impact comme le confirme Patricia Schneider.

“Les gens qui avaient eu une petite pathologie, comme leur médecin traitant n’était pas là, sont venus directement aux urgences. Et donc ça a aggravé la situation existante”, appuie-t-elle.

Des arrêts-maladie ou une grève?

Alors la situation aux urgences de Thionville est-elle partie pour durer? Patricia Schneider estime que ça va dépendre de ce que proposera la direction.

“Si les personnels apprennent qu’il y a eu des avancées de la part de la direction, des promesses qui vont être tenues et des promesses sérieuses qui vont améliorer sensiblement les conditions de travail, je pense que le personnel reprendra le travail. Si c’est pour reprendre dans les mêmes conditions, je ne suis pas sûr que les gens reprennent et qu’ils ne soient pas prolongés clairement”, explique-t-elle.

Cet arrêt-maladie conjugué de 55 des 59 infirmiers et aides-soignants ressemble tout de même fortement à un mouvement de contestation “déguisé”. “La grève à l'hôpital public, le problème, c’est que les personnels sont réquisitionnés. Donc ça n’a pas le même impact que de se mettre en arrêt-maladie. Les arrêts-maladies sont complètement justifiés, mais c’est aussi le seul moyen d’espérer pouvoir se faire entendre”, insiste Patricia Schneider.

Guillaume Descours