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Les restaurateurs redoutent le "coup de grâce": "On ne mourra pas en silence, on n'a plus rien à perdre"

REPORTAGE RMC - Les restaurateurs sont inquiets et prêts à se faire entendre aux quatre coins de la France en cas de nouvelle fermeture forcée.

Les syndicats de l'hôtellerie-restauration se mobilisent pour éviter une fermeture de leur établissement. L’Umih (Union des Métiers et des Industries de l'Hôtellerie) a envoyé un courrier mercredi après midi au Premier ministre et au ministre de la Santé, une demande de rendez-vous d'extrême urgence.

Le GNI, le groupement national des indépendants a présenté 3 propositions au ministre de la Santé: la mise en place systématique de cahiers de rappel pour prendre les coordonnées des clients dans les restaurants, une prise de température obligatoire des salariés comme des clients et organiser un dépistage massif des collaborateurs avec un accès prioritaires aux tests.

Les syndicats souhaitent montrer leur bonne volonté car ils redoutent des fermetures soudaines de leurs établissements comme à Aix-Marseille.

Les commandes réduites drastiquement: "Il vaut mieux anticiper pour limiter la casse"

Hors de question pour l'instant de fermer les restaurants parisiens selon le gouvernement, mais les restaurateurs redoutent ce couperet dans les prochaines semaines et décident d'ores et déjà de limiter leurs approvisionnements.

Dans son restaurant du 11e arrondissement de Paris, Jérémy Kanza, revoit à la baisse toutes ses commandes du mois d'octobre. Il anticipe une fermeture des restaurants parisiens dans les prochaines semaines.

"On a quand même été assez traumatisés par la fermeture avec une annonce à 19 heures et une fermeture à minuit un samedi. Aujourd'hui si on nous prévient un jeudi soir pour une fermeture lundi on aura quand même plus le temps."

"On a l'impression qu'on va vivre un cauchemar. C'est le coup de grâce"

Être d'avantage préparés à une fermeture soudaine, Pascal Mousset gérant d'un restaurant spécialisé dans les fruits de mer a décidé de commander au jour le jour.

"Je n'ai jamais vu mon frigo aussi vide que ça. je vais faire rentrer un peu de marchandises pour 24 à 48 heures en toutes petites quantités. Tout ça pour que si dimanche ou lundi on doit fermer mon établissement, je ne veux pas avoir 30 ou 40.000 euros de pertes comme la dernière fois. Je veux pouvoir m'en sortir avec mille balles de pertes. Il vaut mieux anticiper pour limiter la casse."

La menace d'une fermeture et ses conséquences économiques désastreuses pour les restaurateurs.

"On a l'impression qu'on va vivre un cauchemar. C'est le coup de grâce. Si on referme, j'envisage encore de supprimer cinq postes de travail. Et c'est malheureusement les salariés, les dernier rentrés dans l'entreprise, qui ont moins de qualifications, qui sont les plus jeunes, qui sont souvent au début de leur carrière professionnelle, qui vont faire les frais." 

"Comme on n'a plus rien à perdre, on a l'énergie du désespoir"

Alors Pascal Mousset l'a décidé, il ne laissera pas le gouvernement fermer son restaurant.

"On ne va pas mourir sans rien dire. On ne va pas mourir dans le silence. On fera entendre notre voix. On estime que des établissements qui sont moitié vides, avec un protocole sanitaire rigoureux ne font pas courir de risques à la population.
Aujourd'hui on n'a plus rien à perdre. Comme on n'a plus rien à perdre, on a l'énergie du désespoir."

Avec son syndicat: le groupement national des indépendants, ils envisagent des actions symboliques, des opérations escargot et pourquoi pas de saisir le Conseil d'Etat.

Romain Poisot (avec J.A.)