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Levée des brevets sur les vaccins contre le Covid: pourquoi Emmanuel Macron a-t-il fait volte-face?

Jeudi, Joe Biden a pris position concernant la levée des brevets sur les vaccins. Emmanuel Macron lui a emboité le pas et pourtant, il y a encore quelques jours, il y était opposé.

Emmanuel Macron favorable à la levée des brevets sur les vaccins. C'est un volte-face que n’a pas manqué de souligner l’opposition, “Toutou des Etats-Unis” a notamment dit l’insoumis François Ruffin, suivi par l’ensemble de la gauche, des écologistes au Parti socialiste.

Il faut dire, en effet, que le revirement est impressionnant. “La levée des brevets, ce n’est pas le sujet”, disait encore Emmanuel Macron le 23 avril. Presque tous les membres du gouvernement ont défendu cette ligne, “ça ne sert à rien”, lançait le secrétaire d’Etat aux affaires européennes, “c’est une fausse bonne idée”, renchérissait la ministre de l’Industrie, “c’est pas comme ça que ça marche dans la vraie vie”, affirmait même il y a moins d’un mois Olivier Véran. Pourtant, depuis jeudi, l’exécutif se défend d’avoir retourné sa veste.

Quels sont les arguments du gouvernement?

Emmanuel Macron n’a jamais dit qu’il était contre la levée des brevets, il a simplement dit que ça ne serait pas bien utile. Je vous l’accorde, la nuance est subtile, mais voilà l’élément de langage repris en boucle par les cadres de la majorité. En fait, le chef de l’Etat a plaidé avant même l’arrivée des vaccins pour qu’ils soient considérés comme un bien public mondial, mais il a toujours ajouté, et il l’a d’ailleurs redit hier, que cela ne suffirait pas.

La raison, le manque de capacités de production dans certains pays, et pas uniquement les plus pauvres. La France, par exemple, ne dispose d’aucun site pour produire la substance active nécessaire à l’ARN Messager. Transférer la propriété intellectuelle sans accroître les moyens industriels et technologiques, c’est un peu comme donner un crayon à un manchot. Même argument pour les laboratoires Pfizer et Bio-n-Tech, ils estiment que la levée des brevets ne permettra pas d’accélérer la production mondiale, que cela prendra trop de temps, et ils appellent, je cite, “concentrer nos efforts sur les usines déjà existantes”.

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Au niveau mondial, pourtant, beaucoup de chefs d’Etat se positionnent pour la levée des brevets. Joe Biden donc, mais aussi son ennemi héréditaire Vladimir Poutine, les présidents Indien et sud-africain, le chef du gouvernement espagnol, pour ne citer qu’eux.

Les dirigeants des Organisations mondiales du commerce et de la santé se sont aussi prononcés pour, tout comme une myriade d’ancien prix Nobel d'Économie et de Médecine dans une tribune le mois dernier. Bref, le soutien est large. Large, mais pas total. Une voix détonne. Celle d’Angela Merkel se dit attachée à la protection de la propriété intellectuelle.

Louis Amar avec Guillaume Descours