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Mention "photo retouchée" désormais obligatoire sur les pubs: "ça ne les empêchera pas d'exister"

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Les photographies retouchées pour modifier la silhouette devront désormais le mentionner, selon un décret publié ce vendredi au Journal Officiel. Le but: "prévenir les troubles du comportement alimentaire". Si la mesure est utile, elle est toutefois insuffisante selon la sociologue Christine Détrez, auteure de "A leur corps défendant - les femmes à l'épreuve du nouvel ordre moral".

Christine Détrez, sociologue et auteure de l’ouvrage La construction sociale du corps (éd. Points) et A leur corps défendant – les femmes à l'épreuve du nouvel ordre moral.

"On ne peut que se réjouir d'une telle mesure, bien sûr. Ça permettra de montrer le coté artificiel et construit de ces images. C'est utile pour signifier que ces corps-là sont retouchés, qu'ils ne sont pas réels. Les corps exposés sont tout autant fabriqués que les poupées Barbie ou les corps de dessins animés ou de jeux vidéo.

Pour autant, signifier que les photos sont retouchées n'empêchera pas celles-ci d'exister. Est-ce une première étape vers des mesures plus restrictives, ou est-ce juste une façon de pouvoir continuer à diffuser ce genre de photos? Rien ne va empêcher ces images d'alimenter les imaginaires de celles et ceux qui les voient, car elles jouent sur les modèles identificatoires. Ces messages ne résolvent pas le cœur du problème. Le pas supplémentaire ne serait-il pas carrément d'interdire ces images-là? Ou alors d'aller vers une présentation de corps multiples et plus divers.

"Plus sain de montrer l'éventail des corps"

Les corps sont différents. Corriger les défauts, ça veut dire qu'on pose une silhouette comme une norme. Il ne faut pas penser que les jeunes filles et les adolescentes sont complètement passives par rapport à ces images-là, mais pour faire évoluer ces modèles, il serait bien plus efficace de faire varier les images proposées. Je pense qu'avoir sous les yeux des modèles différents a plus d'effet dans la relativité de ces normes et l'acceptation de soi-même. Il y a des modèles de "grande taille" comme on dit pudiquement. Il y a aussi des filles très maigre, mais c'est leur constitution.

C'est pourquoi il serait plus sain de montre l'éventail des corps qui existent plutôt que de continuer d'avoir un modèle unique, en écrivant simplement 'photo retouchée'. A votre avis, qu'est-ce qui va avoir le plus d'impact: le fait d'avoir toujours la même image dans les magazines ou d'aller lire le terme 'photo retouchée'?

Ça me fait penser au message: 'manger des fruits et légumes cinq fois par jour!'. Il y a des études qui montrent que certaines personnes vont avoir l'impression de bien manger parce qu'il y a des fraises artificielles dans des snacks hyper gras. Il ne faut pas attribuer un pouvoir magique et immédiat aux messages, qui ne sont pas interprétés de la même façon par les individus."

Propos recueillis par Philippe Gril