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OBJECTIF TERRE - Pourquoi le Covid-19 est aussi une catastrophe pour l'environnement

OBJECTIF TERRE - Si la pollution de l’air baisse temporairement pendant les différents confinements, ce n’est pas le cas de la pollution plastique qui repart en flèche, mettant à mal tous les efforts de ces dernières années.

En décembre 2019, l’Assemblé nationale a voté l’interdiction progressive des plastiques jetables. C’était une petite révolution. A ce moment-là, il y avait une vraie prise de conscience collective, l’opinion publique y était favorable, beaucoup trouvaient même que la loi n'allait pas assez loin et qu’il fallait aller plus vite.

Mais voilà, la pandémie est arrivée, et le plastique, surtout jetable, est à nouveau plébiscité. En France, au moins 50 millions de masques jetables sont utilisés chaque semaine, comme l'assure la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili.

Au début du 1er confinement, les usines d’emballage plastique ont augmenté leur activité de 30%. Et avec la multiplication mathématique de la vente à emporter, même quand il y a un effort de fait pour utiliser des contenants réutilisables notamment dans les restaurants, ça reste de la production de plastique en plus.

Lobbying du plastique et prix du pétrole bas

Au début de la crise, on avait peu d’information sur le virus, donc il y avait une crainte très légitime. Crainte dont s’est emparée l’industrie du plastique pour intensifier son lobbying, vantant les avantages sanitaires du plastique jetable auprès des autorités. Et avec le prix du pétrole qui a atteint un niveau historiquement bas en début d’année, produire du plastique n’a jamais coûté aussi peu cher.

Le plastique, pas si efficace au niveau sanitaire

Aux Etats Unis, les sacs en toile réutilisables sont même un temps accusés de répandre le virus, à tort bien évidemment, mais ils deviennent carrément interdits dans plusieurs Etats, dont la Californie, qui était pourtant à la pointe en matière d’efforts anti-plastique.

Aujourd’hui on en sait plus sur le virus. Une étude publiée dans la revue scientifique The Lancet montre même que les gouttelettes de coronavirus vivent plus longtemps sur le plastique que sur d’autres surfaces comme le papier ou le carton. Mais le mal est fait. C’est difficile de faire faire machine arrière aux consommateurs, alors qu’il avait fallu des années pour commencer à se désintéresser du plastique jetable.

Pourquoi le plastique se recycle mal

Parce que c’est à la base un dérivé du pétrole. Sur 9 milliards de tonnes de plastique produites dans le monde depuis les années 1950, seulement 9% est recyclé. Le reste finit en grande majorité dans notre environnement, sous forme de microplastiques. Il y a bien quelques initiatives pour tenter de recycler notamment les masques, mais c’est vraiment à la marge, ça reste très compliqué et très coûteux.

Comment sont recyclés les déchets médicaux contaminés

Ces objets usagés, souvent en plastique, partent systématiquement dans la poubelle sensible des “déchets d’activités de soins à risques infectieux”. Ils doivent ensuite être acheminés vers des centres spécialisés pour être incinérés. En brûlant, ils vont émettre des dioxines et des particules toxiques.

Véolia, qui gère les poubelles de 5.000 établissements de santé français a constaté une augmentation de 50% des volumes à traiter. Résultat, les centres spécialisés sont surchargés dans le monde entier. Et il faudra pourtant encore trouver le moyen de traiter les milliards de doses de vaccin qui vont bientôt arriver.

La crise sanitaire n’a pas effacé la crise climatique. Il ne faudrait pas que tous les efforts faits récemment pour se débarrasser du plastique notamment à usage unique soient balayés par la pandémie. Surtout parce que protéger notre environnement peut éviter l’émergence de nouveaux virus. 

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James Abbott et Géraldine de Mori, avec Alexis Kynigopoulos