RMC

"On est obligé de faire la police": les salariés des Ehpad doivent hausser le ton face aux visiteurs qui ne respectent pas les gestes barrières

Les cas de contaminations dans les Ehpad continuent de grimper, provoquant, parfois, des morts dans certains établissements. En cause, selon les soignants: les visites et le non-respect de certaines règles.

Après quelques semaines de répit, le virus semble donc faire son retour à l'intérieur des Ehpad. Avec des exemples dramatiques ces derniers jours. L'Ehpad de Séverac dans l'Aveyron où 12 résidents ont perdu la vie, sur une quarantaine de cas positif au Covid 19. 

Dans la Loire, on a appris ce week-end que 9 résidents étaient également décédés à Roanne. Enfin à Bourges dans l'un des plus grands Ehpad de France, 54 résidents ont été testés positifs, dans un établissement qui accueille 505 personnes.

Une soixantaine de résidents dans cet établissement de la Somme. Nous sommes à Oisemont, et comme partout en France le virus est dans toutes les têtes. “C’est vrai que psychiquement ça pèse”, estime Sylviane, l'infirmière en chef.

Et pour elle, si le Covid-19 repasse les portes des Ehpad, c'est pour une raison. “C’est essentiellement dû aux visites. J’ai vu des gens enlever leurs masques, embrasser leur père ou leur mère”, ajoute-t-elle.

Une thèse confirmée par le directeur du site, Eric Jullian, il l'a lui même subit.

“Il y avait deux ou trois familles qui se sont regroupées à un endroit. Ils parlaient fort, ils s’embrassaient alors qu’ils étaient presque une quinzaine. Il y a eu deux résidents qui ont eu le covid”, détaille-t-il. 

Trop peu de personnels formés

À présent, les visites ont donc lieu quasiment dans l'entrée, deux tables installées sur quelques mètres carrés de la salle commune, sous les yeux de Sylviane l'infirmière. “On est obligé de faire la police, de surveiller si les gens ont bien gardé leurs masques et s’ils ont bien gardé leurs distances”, explique-t-elle. 

Un virus qui vient donc de l'extérieur, via les visites, mais aussi via les salariés. C'est ce que pense Malika Belarbi, représentante CGT Santé pour les Ehpad.

“C’est un turnover énorme dans le domaine médico-social. Ils ne connaissent pas bien les procédures de l’établissement, les protocoles mis en place. Si on ne met pas des professionnels formés, on ne s’en sortira pas”, assure-t-elle.

Aide soignante qui regrette aussi, que certains salariés, considérés comme cas contact, voir testés positif, reviennent travailler dans les Ehpad faute de personnel de remplacement. 

Thomas Chupin avec Guillaume Descours