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Pendant longtemps, on passait juste un coup de chiffon pour nettoyer les appareils médicaux

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- - Guillaume Souvant - AFP

Une bactérie a été détectée sur des appareils de désinfection des endoscopes à l'hôpital Nord de Marseille, nécessitant le rappel de patients ayant subi une endoscopie. Pour RMC.fr, Claude Rambaud, vice-présidente du Lien, association de défense des patients et des usagers de la santé, explique que les procédures de décontamination de ce type d'appareil ne sont pas toujours bien respectées, notamment dans le cadre d'échographies effectuées dans des cabinets de centre-ville.

Claude Rambaud est présidente du Collectif Interassociatif sur la Santé (CISS), et vice-présidente du Lien, association de défense des patients et des usagers de la santé, qui lutte contre les maladies nosocomiales.

"Un endoscope c'est un matériel qui permet d'aller explorer les cavités intérieures de notre corps (2,5 millions d'examens endoscopiques sont réalisés chaque année en France). Un endoscope digestif par exemple permet d'investiguer l'œsophage et de descendre dans l'estomac, ou de voir dans la gorge pour voir s'il y a des polypes ou des débuts de tumeur. On l'utilise aussi pour explorer le rectum ou l'intestin. C'est un tuyau assez long et flexible muni d'une caméra à son extrémité, un peu comme un tuyau de douche avec des anneaux s'emboîtant les uns dans les autres. Chaque fois qu'une personne est examinée elle y dépose des bactéries, ou parfois des virus.

"Des procédures lourdes"

Il y a 45 ans environ, quand ils ont commencé à être utilisés, on les lavait grossièrement. On s'est aperçu très vite que des patients développaient des hépatites après des examens. On a donc modifié les méthodes de nettoyage et au fil du temps se sont mises en place des méthodes extrêmement rigoureuses. Entre deux patients, les endoscopes sont plongés dans des solutions décontaminantes avant d'être stockés dans des armoires spécifiques pour les garder à l'abri de toute pollution. Ce sont des procédures lourdes, car les trempages décontaminant, pour éliminer les micro-organismes et champignons, se font avec des produits très corrosifs à utiliser par les personnels dans des endroits aérés. A Marseille, c'est dans ces appareils de nettoyage qu'il y aurait eu des déficiences.

Mais nul n'est parfait, il est évident qu'il peut y avoir des incidents de manipulation, des raccourcissements des délais, des incidents de mises en stockage… Ça nécessite des contrôles rigoureux et des prélèvements réguliers pour vérifier que cette procédure est bien respectée. A Marseille, ce sont ces prélèvements qui ont permis de détecter les failles avant qu'un patient soit contaminé.

"Un coup de chiffon pour nettoyer les sondes"

Une endoscopie se fait dans un milieu hospitalier, propre, avec des équipements qui permettent de respecter plus facilement les procédures. Ce qui n'est pas le cas pour des échographies avec des sondes échographiques, l'équivalent des endoscopes, réalisées dans des cabinets de ville. Les échographies avec des sondes échographiques, qui sont internes - par la bouche, le rectum ou le vagin -, sont plus problématiques. Pendant longtemps, on passait juste un coup de chiffon pour nettoyer les sondes. Puis on a recommandé de les mettre dans des bains de solution désinfectantes. Mais souvent, la décontamination ne se faisait que le soir après le dernier patient. Il fallait donc être le premier patient pour avoir une sonde échographique réellement propre. En 2005, le Haut conseil de la santé publique a donc préconisé de mettre une gaine et de regarder après usage s'il y avait des salissures. Mais comment peut-on voir des micro-organismes à l'œil nu?

"Il faudrait mettre en place des contrôles inopinés"

Nous nous battons pour qu'il y ait entre chaque patient, et dans tous les centres d'échographie, une décontamination en trempage dans une solution, voire dans de nouvelles méthodes notamment par ultrasons et UV.Nous avons recueilli les témoignages de femmes qui ont été contaminées au papillomavirus après des examens échographiques. Malheureusement, on ne peut pas prouver si cette contamination provient d'un test échographique ou d'une relation sexuelle.

Il faudrait qu'on fasse des enquêtes avec des prélèvements inopinés dans un certain nombre de cabinets de radiologie, ou dans les lieux où sont pratiquées des échographies, y compris à l'hôpital ou en clinique. On viendrait faire des prélèvements et on regarderait les pratiques. C'est très facile de voir s'il n'y a pas de décontamination. Et si les praticiens de ville ne veulent pas décontaminer correctement les sondes échographiques, qu'on leur interdise de faire des échographies, un point c'est tout".

Propos recueillis par Philippe Gril