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PMA: qu'est-ce que le diagnostic préimplantatoire, dispositif que les sénateurs veulent étendre?

Les sénateurs ont adopté un amendement dans le cadre de la loi bioéthique pour élargir, à titre expérimental et de manière très encadrée, l'utilisation du diagnostic préimplantatoire aux anomalies chromosomiques, qui entraînent parfois absences de grossesse ou fausses couches précoces.

Après 4 fausses couches en 5 ans, chaque grossesse est désormais vécue comme une angoisse par Juline Guigné, auteure de "Un enfant à tout prix".

"C'est invivable d'être à nouveau enceinte maintenant. Je me dis tout le temps que demain, ça va encore s'arrêter. Mentalement une fausse couche, c'est destructeur, c'est la pire chose qui puisse arriver à une femme qui n'est pas encore mère".

Cette jeune femme de 25 ans a déjà tenté plusieurs fécondations in vitro, elle est suivie par des spécialistes et personne ne peut lui expliquer pourquoi ses grossesses s'interrompent avant 3 mois: "On a poussé la porte de beaucoup de médecins, on a fait toutes sortes d'examens, des prises de sang et on n'a absolument rien trouvé, c'est très frustrant".

La solution selon sa gynécologue: le diagnostic pré-implantatoire. C'est un test réalisé sur les embryons, aujourd'hui réservé aux parents porteurs d'une maladie génétique.

"On ne transfèrera que les embryons qui peuvent donner une grossesse évolutive"

Le professeur François Vialard, médecin au Centre hospitalier de Poissy plaide pour que l'accès à ce diagnostic soit élargi pour dépister d'autres anomalies chromosomiques, souvent responsables de fausses couches:

"On va uniquement regarder si un embryon peut être viable ou pas. Ça ne va pas changer beaucoup les résultats de la fécondation in vitro, cela va mieux orienter les patientes et surtout avoir des délais de grossesse plus raccourcis puisqu'on ne transfèrera que les embryons qui peuvent potentiellement donner une grossesse évolutive à terme".

La ministre de la Santé Agnès Buzyn craint des dérives, tout comme Alexandra Henrion-Caude, généticienne et directrice de recherche à l'Inserm: "On va trier des vies arbitrairement. On décide de dire oui à un embryon et non à un autre".

Aujourd'hui, ce diagnostic pré-implantatoire est autorisé en Belgique ou en Espagne. Juline a déjà demandé un devis: plus de 3300 euros.

Caroline Philippe