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Spoutnik V: un vaccin en guise de revanche pour la Russie de Poutine

EXPLIQUEZ-NOUS - La Russie triomphe après la validation de son vaccin par la revue "The Lancet". Les Russes tiennent une sacrée revanche. Voici pourquoi.

Ils tiennent leur revanche les Russes, parce que personne ne les a pris au sérieux le 11 août dernier. Ce jour-là Vladimir Poutine lui-même avait proclamé que son pays venait de remporter la course mondiale au vaccin. Un vaccin nommé Spoutnik V. V comme victoire et Spoutnik comme le premier satellite de l’histoire lancé par l’URSS en 1957. Le 11 août, Poutine avait annoncé que le vaccin était efficace. La preuve ? Il avait été testé sur sa propre fille qui n’avait ressenti aucun effet secondaire indésirable.

Est-ce qu’on avait tort de se méfier de ce vaccin?

On avait tort et on avait raison. On avait raison parce qu' à ce moment-là, le vaccin n’avait été testé que sur quelques dizaines de personnes. La fille de Poutine, le patron du laboratoire et une poignée de militaires.

La phase trois, qui prévoit l'essai du vaccin à grande échelle avec un groupe placebo pour comparer, cette fameuse phase trois n’avait même pas commencé. Elle n’a eu lieu qu’en octobre et novembre. Il est incontestable que les Russes ont brûlé les étapes et que scientifiquement leurs annonces du mois d'août n'étaient pas sérieuses. Voire scandaleuses.

Mais en même temps on avait tort de se moquer, puisque les faits leur ont finalement donné raison. Les données publiées mardi par la revue scientifique The Lancet font état d’une efficacité à 91,6 %. Mieux que AstraZeneca. Et ces résultats sont validés par des experts indépendants. C’est une revanche. Un haut responsable du programme a dit : c’est échec et mat pour tous ceux qui nous ont critiqué.

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Quels sont les avantages de Spoutnik V?

Et bien c’est certainement le meilleur rapport qualité prix. C’est l’un des moins cher : 10 euros la dose contre 20 pour Pfizer et 30 pour Moderna. Facile à transporter et à stocker. Il se garde à des températures comprises entre 2 et 8 degrés.

On imagine que les Russes ont commencé à le produire en masse, mais c’est ce que l’on ne sait pas. Il y a encore une fois, un problème de transparence. Aucun chiffre de production n’a été rendu public. Et les chiffres des vaccinations sont étonnamment faibles. Il y a un mystère.

Officiellement, un million de Russes seulement ont été vaccinés alors que la campagne a commencé dès le mois de décembre. Et les derniers chiffres communiqués remontent au 13 janvier. Le gouverneur de Saint-Pétersbourg la deuxième ville du pays n’a reçu que 10.000 doses, c’est à dire rien. Le maire de Moscou 300.000 c’est encore très peu.

Pareil à l’étranger. Des livraisons ont eu lieu cette semaine en Algérie, en Hongrie. Mais il s’agissait de 50.000 et 40.000 doses. On est dans le symbolique. Il y a visiblement un problème de production.

Vladimir Poutine va maintenant essayer d’utiliser ce succès sur la scène diplomatique

En livrant en priorité les pays amis. L’iran, l'Algérie, la Serbie, le Vénézuela, les anciennes républiques soviétiques... Poutine ne pouvait rêver mieux pour réaffirmer son influence dans toutes ces régions.

Mais le vaccin Spoutnik V va surtout lui permettre de discuter avec les européens. Angela Merkel et Vladimir Poutine se sont téléphoné lundi soir. Ils ont évoqué une production commune dans des usines allemandes. Et en réalité, l’institut russe propriétaire du brevet, l'institut Gamelaya est déjà en discussion avec le laboratoire allemand IDT. C’est de la "réal politique", la santé des européens risque bien de passer en premier et de faire oublier les tensions politiques.

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Et en particulier l’affaire Navalny

Parce que c’est une coïncidence étonnante. Mardi, le vaccin russe a été reconnu par la communauté scientifique, quelques heures seulement avant la condamnation de l’opposant Alexeï Navalny. Condamnation qui a entraîné les protestations de tous les européens, mais Poutine a désormais le moyen de nous calmer.

La preuve ? Le commissaire européen aux Affaires étrangères, l’Espagnol Josep Borrel arrive à Moscou ce jeudi. Il y a quelques jours il avait dit qu’il ferait tout pour aller visiter Alexeï Navalny dans sa cellule. Finalement, il n’en a pas obtenu le droit mais il a maintenu sa visite. Et l’on va parler vaccins entre russes et européens. Mauvaise nouvelle pour Navalny.

Nicolas Poincaré (avec J.A.)