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Tests antigéniques: pourquoi les médecins généralistes restent-ils sceptiques?

Moins fiables, les tests antigéniques permettent de tester et d'obtenir des résultats bien plus rapidement qu'avec des tests PCR. Les pharmaciens les plébiscitent mais les médecins généralistes sont plus sceptiques.

C’est à l’abri des regards, dans une salle fermée, mitoyenne à sa pharmacie, que Renaud Nadjahi, enchaine les tests antigéniques. Devant lui, Gabrielle, fiévreuse et privée de goût depuis 3 jours se risque à un pronostic: "On va être sur un loto gagnant à coup sûr, je pense que c'est positif".

L’écouvillon est remué pendant quelques secondes dans les 2 narines, puis confondu sur un réactif pendant plusieurs minutes: "On voit bien dans ce cas-là au niveau du "T" une ligne rouge apparaît". Même privée d’odorat, Gabrielle a eu du nez: "C'est sans appel, très rapidement on voit apparaître le résultat, Gabrielle est bien positive", assure le pharmacien".

C'est ensuite au tour de son compagnon de se faire tester, résultat négatif pour lui. Ces tests rapides qui ont convaincu ce couple: "Étant confinés ensemble à la maison, on avait besoin d'être fixés rapidement quant à savoir comment se comporter à la maison. En une demi-heure on est tous les deux fixés, en autant de temps qu'il nous aurait fallu juste pour avoir un rendez-vous dans un laboratoire".

Et la demande est là, une centaine de tests, sans rendez-vous, pratiqué en deux jours dans cette pharmacie, Renaud Nadjahi, le propriétaire prend cette responsabilité comme une mission: "Notre métier c'est de donner du temps. Donc oui ça nous prend du temps, mais il faut le prendre pour avancer ensemble et maîtriser l'évolution et la propagation du virus".

Les médecins généralistes plus sceptiques

Problème, ces tests antigéniques se font parfois attendre:

"Ils ne sont pas pratiqués partout parce que d'abord on ne les a pas. Il y a quelques pharmacies qui en ont, je devais en avoir ce jeudi mais la pharmacie m'a dit qu'il y avait du retard", déplore Jean-Paul Hamon, le président de la Fédération des médecins de France.

Car chez les médecins généralistes, on est plus réservés, faire ses tests nécessite du temps et de la place:

"Il faut avoir une pièce où l'on puisse faire attendre ses patients jusqu'à ce qu'on ait les résultats 15-20 minutes après. Et ce n'est pas parce qu'on a fait le test que la consultation s'arrête. Il va falloir revoir le patient, le faire revenir dans le cabinet puis l'inscrire sur le site de la Sécurité sociale comme positif", ajoute-t-il. 

Jean-Paul Hamon professionnel préconise des partenariats entre médecins et pharmaciens pour se partager la charge de travail à venir.

En attendant, cinq premiers centres de tests antigéniques ont ouvert dans plusieurs villes d'Ile-de-France à l'initiative du conseil régional. Selon un sondage de l’USPO (Union des syndicats de pharmacie d’officine) auquel ont répondu plus de 4700 pharmaciens, 80 % d’entre eux envisagent de réaliser des tests antigéniques et 42 % auraient déjà été formés au protocole.

Alfred Aurenche (avec Guillaume Dussourt)