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Tests salivaires sur les salariés: "L'entreprise n'a pas à savoir si son salarié a fumé un joint"

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Le Conseil d'État a autorisé, par une décision prise ce vendredi, les employeurs du bâtiment à pratiquer des tests salivaires sur leurs salariés pour dépister un usage de cannabis. Les médecins du travail dénoncent sur RMC "une intrusion dans la vie personnelle des salariés".

Les employeurs vont désormais pouvoir contrôler si leurs salariés fument du cannabis, suite à une décision prise par le Conseil d'Etat, ce vendredi 9 décembre. Jusqu'ici, cette pratique était interdite. Dans son arrêt, le Conseil d'Etat précise toutefois que cette décision ne concerne que les professions qualifiées d'hypersensibles, comme par exemple les conducteurs d'engins sur les chantiers.

Le secteur de la construction est l'un des domaines professionnels qui compte la part la plus importante de consommateurs de cannabis avec la restauration. Respectivement 13 et 16% des travailleurs dans ces domaines ont fumé du cannabis au moins une fois dans l'année selon un rapport de l'INPES qui date de 2012.

"L'employeur n'a pas à jouer au gendarme"

Les dépistages salivaires pourront être effectués directement par un supérieur hiérarchique sans l'intervention d'un médecin du travail et ils pourront donner lieu à des sanctions allant jusqu'au licenciement.

"On donne le droit à l'employeur de rentrer dans l'équilibre de santé du salarié et de jouer le gendarme. Ce n'est pas le rôle de l'employeur, c'est une intrusion dans la vie personnelle et la confidentialité des personnes", dénonce sur RMC Bernard Salengo, président du syndicat des médecins du travail.

"C'est plus logique que ce soit un médecin qui le fasse, parce qu'il est tenu au secret médical et qu'il est toujours là pour protéger le salarié. Alors que l'employeur est là pour que son activité soit efficace, qu'il n'y ait pas de danger, mais aussi pour que ce soit rentable. Je ne suis pas sûr qu'on ait les mêmes objectifs, nous médecins du travail", fait mine d'interroger Bernard Salengo.

"L'entreprise devrait plutôt l'encourager à se faire soigner"

Philippe De Condé, spécialiste en addictologie, estime que cette mesure est contre-productive: on passe d'une logique de prévention pour lutter contre les drogues à une logique de répression envers le salarié. "L'entreprise n'a pas à savoir si son salarié a bu de l'alcool, s'il a fumé un joint, s'il a pris des médicaments contre la dépression… L'entreprise n'a pas à porter un diagnostic sur quelqu'un qui a un comportement inapproprié. Elle doit le sécuriser et faire en sorte que le travail soit fait. Donc si cette personne est malade de telle ou telle addiction, elle doit l'encourager à se faire soigner et pas le sanctionner puisque ce sont des maladies".

P. Gril avec Chloé Gandolfo